Claude Huber porte sur le monde qui l’entoure un regard qu’il nomme «citoyen». Si, par le passé, il a abondamment documenté l’individu dans son cadre social et culturel, il s’intéresse aujourd’hui à notre proche environnement et nous invite à une promenade en images à travers le site de l’EPFL et de l’UNIL à Dorigny et Ecublens. Fasciné par ce vaste complexe posé comme une presqu’île au milieu d’un paysage lacustre autrefois campagnard, il a arpenté les lieux pendant plus de quatre ans, observant formes et lumières, choisissant minutieusement sujets et cadrages.
Revendiquant une démarche documentaire, qui n’est pas sans rappeler les travaux entrepris par les milieux scientifiques dès 1860 ou encore ceux des photographes américains des années trente du siècle suivant, il s’efforce de rendre compte de la transformation d’un site avec un maximum d’objectivité.
Il s’agit pour lui de dresser le portrait d’un paysage nouveau avec la plus grande précision, de «montrer les objets construits, les espaces qu’ils dessinent, les enjeux formels ou stylistiques et les concepts qui les sous-tendent». |  | Claude Huber a choisi de multiplier les prises de vue, mêlant plans larges et sujets de détails, sans craindre la surcharge. Accumulation, images frontales claires et précises, cadrages ouverts aux bords aléatoires, noir et blanc, absence de l’être humain sont les moyens mis en œuvre par le photographe pour «marquer fortement la densité du réel figuré par l’image et ainsi faire exister ce lieu de la ville au-delà d’une abstraction urbaine». Ce travail en série, ordonné et soigneusement mis en scène, le photographe le conçoit comme une action citoyenne. Au-delà du simple témoignage sur un vaste projet urbanistique et architectural, ces images incitent le spectateur à s’interroger sur l’utilisation de l’espace public. Le choix – très controversé à l’époque – d’implanter les Hautes Ecoles en périphérie de la ville était-il pertinent et serait-il encore fait aujourd’hui? A-t-on créé un ensemble harmonieux et cohérent s’intégrant dans le paysage? L’architecture de tel bâtiment nous touche-t-elle? Autant de réflexions que les belles photographies de Claude Huber nous engagent à faire, tout en (re)découvrant un site trop peu connu. |