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Le marché de l'héroïne était tenu, il y a 10 ans, par des Albanais. Très structurés, ces trafiquants n'agissaient jamais seuls, ce qui facilitait le travail de la police qui pouvait relativement facilement démarrer une enquête sur la base d'un renseignement du terrain, identifier les vendeurs, puis remonter jusqu'aux petits chefs de groupe. A force de maintenir la pression, la police a réussi à faire quasi disparaître le trafic albanais, qui s'est déplacé principalement à Genève. Restent actuellement quelques consommateurs/revendeurs qui s'approvisionnent au bout du lac afin de revendre des petites doses à Lausanne.
Depuis quelques années, les Africains qui se sont installés à Lausanne pour développer le marché de la cocaïne ont choisi des méthodes tout à fait différentes. Chacun se met à son compte et vend de petites quantités pour former une sorte de fourmilière sans chefs. Dans ces conditions, il est plus difficile pour la police d'identifier la source d'approvisionnement et il faut absolument miser sur le flagrant délit pour faire disparaître le trafic visible en rue de jour. Mais la police est en plus confrontée à d'autres difficultés avec cette nouvelle vague de trafiquants. Les Africains se déplacent avec des petites quantités de drogue, qui passent de bouche à bouche au moment de la transaction : de plus les trafiquants n'hésitent pas, dans certains cas à avaler la boulette afin d'échapper au flagrant délit. Par ailleurs quand ils doivent transporter une quantité un peu plus importante de drogue, ils choisissent de conditionner la marchandise dans des œufs kinder afin de les dissimuler dans l'anus.
Malgré ces nouvelles donnes, le groupe Celtus a réussi à force de patience et d'obstination à interpeller plus de 300 personnes (consommateurs, vendeurs, complices) dont une centaine de trafiquants en flagrant délit. Les saisies se montent à 575 grammes d'héroïne, 621 grammes de cocaïne, du haschich, des médicaments et des ecstasy équivalent à une valeur marchande de 180'000 francs ainsi que 80'000 francs en liquide. Dans la rue, les saisies ne sont jamais très importantes pour les raisons déjà invoquées, mais ce qui est intéressant, c'est que plusieurs trafiquants ont pu être formellement mis en cause pour plusieurs kilos de drogue dures vendues. L'affaire Tivoli par exemple a permis d'établir que les auteurs avaient écoulé plus de 2 kilos de drogue.
La philosophie du groupe Celtus, orienté uniquement sur la rue et mis en place par la police municipale de Lausanne depuis une dizaine d'années, a permis de lutter réellement contre le trafic de stupéfiants visible. L'efficacité de cette lutte a été renforcée par l'opération " Strada " qui a permis en 2000 de nommer un juge d'instruction " Strada ". Ce juge se consacre principalement aux affaires de stupéfiants en rue. Le principe de base est d'incarcérer et de condamner rapidement les trafiquants selon une approche de type flagrant délit.
Si le trafic en rue de jour, qui s'était développé il y a quelques années sur les axes St François- Chauderon et rue l'Ale-St Laurent, a pratiquement disparu, il y a toujours du trafic plus discret le soir et la nuit dans certains quartiers du centre ville. La mission du groupe Celtus est d'identifier tous les trafiquants en rue, sans cibler sur un groupe de population, mais les résultats démontrent qu'actuellement le marché de la cocaïne est majoritairement dans les mains des Africains. La marchandise transite en général par la Hollande et l'Espagne.
L'activité du groupe Celtus s'inscrit dans la mise en place par la police lausannoise d'un travail en réseau. Les agents du groupe Alpha, en uniforme et visibles dans la rue, insécurisent par leur seule présence. Les actions du groupe Celtus, orientées vers le flagrant délit, sont également déstabilisantes pour les trafiquants, mais ont peu d'effets sur la disponibilité des drogues. Par contre, les informations recueillies sur le terrain permettent de compléter les renseignements à disposition des inspecteurs de la brigade des stupéfiants pour enquêter sur les réseaux locaux et sur les sources d'approvisionnement. Et c'est grâce à ce dispositif complet que la lutte contre le trafic se révèle efficace.
Le Corps de police
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