Faire danser
les papillons
de nuitPAR LUC JACCARD |  | Il est minuit et demi. A Saint-François, à Chauderon, au Tunnel, claquent les portières des voitures qui squattent les arrêts de bus. Les talons résonnent sur les trottoirs. Les noctambules au pas distrait ou pressé sont en route vers ces asiles vibrants où le temps devient à la fois intense et abstrait. Lausanne est l’un des phares qui balisent le ciel nocturne d’Helvétie. Elle rayonne depuis les années 90, lorsque se sont produites l’éruption des musiques électroniques et la floraison de nouvelles enseignes, dans un quartier du Flon en pleine mutation. Ces années de foisonnement ont façonné le paysage nocturne actuel, lancé la réputation de la «culture club» de Lausanne, qui attire les papillons de nuit, loin à la ronde. Le phénomène a rempli les rues autrefois désertées passé une certaine heure. Il a donné vie à la ville nocturne. La jeunesse actuelle peine à croire au vu de l’effervescence du Flon, du Tunnel, des abords du Grand-Pont ou de Marterey que Lausanne a pu être calme. Grands-messes à guichets fermésCombien d’étoiles, aujourd’hui, dans la galaxie lausannoise? Trente clubs? Peut-être plus… Et de toutes sortes! Des cathédrales, où des DJ’s au statut d’idole célèbrent des grands-messes à guichets fermés; et de petites chapelles, qu’il faut dénicher, où la salsa dicte le mouvement des corps. La profusion de lieux permet aux 18 ans de fréquenter assidûment tel club, pour s’en détourner deux ans plus tard, au motif qu’ils y croisent trop de gymnasiens. On devient alors familier d’une autre boîte. Il y en a pour chaque âge, chaque goût. De fait, le territoire nocturne est bien balisé. Abscisses: âge. Ordonnées: style musical. Ne reste qu’à remplir le tableau.
Passé l’éruption, on danse aujourd’hui sur une lave solidifiée, dans des clubs dont les noms, accolés à ceux de DJ’s mythiques, résonnent de Paris à Ibiza. On savoure les fruits mûrs, moins acides. |