L’ambassadeur planétairePAR FRANÇOISE JAUNIN
Affiche Ballet Béjart 1987 Design: Werner Jecker
Photo: Jack Mitchell
Alexis Georgacopoulos Bouée mudac, Lausanne
Nicolas Le Moigne – Fontaine Projet pour exposition INOUT
mudac, Lausanne
|  | Depuis le tournant du XXe siècle, Lausanne est la ville où le design est roi. A partir des rampes de lancement que sont l'ecal (école cantonale d'art) et le mudac (musée de design et d'arts appliqués contemporains), il en est aussi devenu l'ambassadeur international le plus tendance. Médaille d'argentSi la conception d'objets marqués par un souci d'esthétique et d'adéquation entre forme et fonction est une vocation récente à Lausanne, elle n’y survient pas en terrain vierge. Pour autant du moins que l'on traduise le mot «design» – aussi jeune dans le vocabulaire français qu'il est vieux dans la pratique – par celui d'arts décoratifs que l'on utilisait auparavant. Pas de longue et riche tradition là non plus, mais une flatteuse renommée en matière d'orfèvrerie. Du XVIIIe au milieu du XIXe siècle – son âge d'or avant que la concurrence industrielle ne lui porte un coup fatal –, sa pureté de lignes et la grâce dépouillée de ses décors étaient très recherchées. Lausanne au bout du filIl faut attendre les années 1960 pour y voir s'écrire le chapitre suivant. Il conjugue plusieurs facteurs. D'abord la fondation, en 1961, du CITAM (Centre international de la tapisserie ancienne et moderne) qui organise l'année suivante la première de ses seize Biennales internationales de la tapisserie. Les arts textiles sont alors en pleine exubérance expérimentale: Lausanne devient le lieu où s'écrit l'histoire de la «nouvelle tapisserie». La collection Toms-Pauli en conserve un ensemble de pièces majeures. Ensuite l'ouverture en 1967 du Musée des arts décoratifs de Lausanne (futur mudac) qui, par son engagement pour les arts appliqués vivants et novateurs – céramique, graphisme, illustration, bijou – devient une référence et rayonne loin à la ronde. Et enfin la création, en 1969, de la première section de design industriel en Suisse dans ce qui s'appelle encore l'école cantonale des beaux-arts et d'art appliqués (future ecal). Issus de ses premières volées, les designers Antoine Cahen et Claude Frossard et le graphiste Werner Jeker fondent les Ateliers du Nord en 1983. Philippe Cahen les rejoint en 1988. Avec eux, non seulement le design lausannois existe, mais il décroche de prestigieux prix internationaux. Machines à café, montres, souris d'ordinateur ou rames de métro, leurs créations sont toutes de rigueur tendue, de pureté formelle et d'irréprochable bienfacture. Au design helvétique, elles donnent le meilleur de sa réputation d’excellence esthétique et technique. Impertinence inventive
En 1995, l'arrivée de Pierre Keller à l'ecal y provoque un changement de cap et porte un poids prioritaire sur le design. Le nouveau directeur pressent l’ère du «tout design». Mais le nouveau design écalien – qui expose et décroche prix et distinctions un peu partout dans le monde – est radicalement différent de celui qui l'a précédé. Dans les nouveaux mouvements d'échanges et de fécondations transdisciplinaires, il flirte avec les arts plastiques et, conjuguant rigueur et folie, cultive une image d'impertinence inventive et ludique, de fluidité de lignes, de second degré et de fraîcheur insolite et poétique. Le nouveau design lausannois porte la griffe d’Alexis Georgacopoulos (responsable du département de l’ecal), Adrien Rovero, Martino d’Esposito, Nicolas Le Moigne ou, pris ensemble, des collectifs Inout et Fulguro. |