Les archives, ça commence quand?Quand naissent les archives – comme type de document – et quand naissent les Archives – comme institution spécialement chargée de ces documents? Cette double question ne reçoit jamais de réponse univoque car les sociétés, prises dans l’histoire, n’envisagent pas le destin de la documentation qu’elles produisent avec le même œil ni les mêmes objectifs. Non seulement la question de l’origine est une question irrésolue faute de sources, mais elle est sans fin tant les critères peuvent varier. Ce qui ferait les archives, serait-ce un lieu? Serait-ce l’expression du pouvoir dès lors qu’il perçoit comme un problème l’accumulation des documents? Serait-ce l’inventaire qui crée les archives? Serait-ce l’existence d’un système de classement? Serait-ce le secret qui entoure l’accès aux documents? Serait-ce l’existence d’un professionnel de l’archivage? Serait-ce l’usage des archives par les historiens? Des indices…A Lausanne, la fabrication de deux clés en 1382 pour l’ouverture du coffre où sont déposés des documents est attestée. Ce pourrait être le signe d’une sensibilité spécifique à l’archivage qui irait de pair avec l’organisation d’une administration mieux structurée qui éprouve le besoin de confier à l’écrit la mémoire de ses décisions. C’est en effet à la même époque que l’on retrouve les premiers comptes (1377) et les premiers registres de délibérations de la Ville de Lausanne (1383). Le Moyen Age n’offre guère de certitudes et les indices pour fixer des « débuts » sont toujours sujets à caution, le critère d’apparition et de conservation n’étant pas assimilable à celui de création ou d’origine. Il faut donc accepter des chronologies lâches et ne pas oublier que dans le monde romain (sans parler de l’Egypte ou de la Mésopotamie), l’administration avait également des dispositifs d’archivage, qui purent concerner la région lémanique.
Reflet d’un système de classement, l’abbaye cistercienne de Montheron a laissé des registres avec mentions dorsales du XIIe siècle qui témoignent d’une volonté de classement. De même, on trouve des traces d’un classement thématique ou topographique des liasses des documents de l’Hôpital lausannois de Notre-Dame dès le XVe siècle. Un premier inventaire
Si l’on raisonne en terme d’inventaire, c’est alors la date du 8 février 1401 qui s’impose avec le plus ancien inventaire d’archives conservé dans le canton de Vaud par une communauté – celle de la Ville inférieure – et probablement le plus ancien de Suisse. Cette liste dénombre 119 documents rangés dans un local en pierre situé au couvent des Dominicains à la Madeleine, lieu de réunion des conseillers de la Ville inférieure dès la seconde moitié du XIVe siècle. Cette liste complétée jusqu’en 1420, mentionne des pièces remontant à 1300. Elle figure dans le premier registre des décisions de l’exécutif de la Ville inférieure. On parle de Ville inférieure car la communauté lausannoise ne s’est unifiée que le 6 juillet 1481. Auparavant, la Cité et la Ville inférieure faite de quatre quartiers ou bannières avaient leur propre organisation. Pour la Cité, l’inventaire le plus ancien conservé date de 1411 et recense les comptes de la communauté, alors que l’achat d’un coffre pour la conservation des titres est attesté en 1399.
Pour en savoir plus- Gilbert Coutaz, Histoire des Archives de la Ville de Lausanne des origines à aujourd’hui (1401-1986), Lausanne 1986, 123 p.
- Gilbert Coutaz, avec la collaboration de Jean-Jacques Eggler, Marcel Ruegg et Monique Favre, Guide des Archives de la Ville de Lausanne, Lausanne 1993, 168 p.
- Gilbert Coutaz, Beda Kupper, Robert Pictet, Frédéric Sardet, Panorama des archives communales vaudoises, BHV, 2003
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Registre contenant le premier inventaire lausannois (1401) |