«Je pourrais imaginer vivre quelque temps à l’étranger, mais je ne pourrais pas imaginer vivre ailleurs qu’à Lausanne, éventuellement entre Cully et Morges…»: Marisa De Oliveira, 31 ans, regarde la vie droit dans les yeux. De ses parents, elle a capté ce courage qui rend toute chose surmontable, y compris le départ vers l’inconnu, l’arrivée en terre étrangère, l’intégration à force de cœur à l’ouvrage et d’intelligence de cœur. C’est son père qui arrive le premier en Suisse. Enfance entre le Portugal et l’Angola, mariage au Portugal, puis c’est le départ pour Zermatt où il trouve un emploi de sommelier. Sa mère, Marie-Jo, le rejoindra quelques mois plus tard, laissant Marisa au pays. Ce n’est qu’une année plus tard que leur fille fera le voyage vers Lausanne. Crèche italienne, première scolarité à Florimont, puis Montchoisi : l’intégration se fait en douceur, dans cette Lausanne internationale perçue comme accueillante. «Le droit de te défendre»Le sentiment sera différent lorsque les parents de Marisa déménagent à Pully. «J’ai alors 9 ans, et c’est vraiment à partir de ce moment que j’ai ressenti ce que c’était d’être étranger en Suisse», se souvient Marisa. A leur petit ange turbulent, les parents disent: «Tu n’as pas le droit de taper, mais tu as le droit de te défendre.» Ce principe de respect de soi-même, Marisa le garde bien enfoui au fond de sa poche et de sa tête, tout en le suivant à la lettre. Il n’empêche. La jeune femme garde le souvenir de ces mots qui blessent, à tel point que, longtemps, enfant, elle fera tout pour ne pas se faire remarquer: «Je refusais même de parler portugais dans la rue». Le temps a fait son œuvre: Marisa a suivi une formation de graphiste, mené ses premières expériences professionnelles dans des agences de communication, est partie voyager sac au dos six mois en Amérique du Sud, avant de revenir sur Lausanne et de créer sa propre agence qu’elle nomme « alafolie». «Je me sens chez moi»«Aujourd’hui, je ne ressens plus la différence dans mon job. Cela fait longtemps que ce n’est plus un problème. Je me sens chez moi maintenant. Les gens me prennent pour ce que je suis, sans le reste. Ce qui n’était pas le cas à l’école.» Marisa est la première à avoir entrepris une démarche de naturalisation. Ses parents, la volonté d’avancer chevillée au corps, l’ont suivie, puis ses oncles et tantes leur ont emboîté le pas… histoire de pouvoir repartir au Portugal et… revenir, en conservant leurs droits. Et effectivement, ses parents sont repartis, Marisa est restée. «Mes racines sociales, mes amis sont ici. Le Portugal, c’est ma famille et les vacances. Cela reste mes origines», témoigne Marisa. Si elle trouve, avec le temps, toujours plus d’avantages à être de deux lieux, elle ne se voit pas pour autant quitter Lausanne. La création de sa propre entreprise puis de «Les filles s’en foot», société qu’elle a fondée avec sa collègue et amie d’enfance Diane Warpelin, jouent sans doute un rôle important dans son ancrage lausannois. Mais lorsqu’elle repense à son parcours, c’est d’abord à ses parents que vont sa reconnaissance et son admiration: une «intégration exemplaire», affirme-t-elle. «Mes parents eux-mêmes se sentaient chez eux, ils ont beaucoup investi auprès de leur entourage et dans leurs différents emplois. Mon père a le cœur sur la main, toujours là pour tout le monde, et ma mère la fibre carriériste, impossible de l’arrêter...» Cette générosité, ce courage face aux événements de la vie, Marisa s’en inspire aujourd’hui et en tire de la force. Une force qui traverse ses yeux… Septembre 2008
Corinne Chuard, BLI |