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Portraits du BLI

 

 
Educatrice de la petite enfance au Centre de vie enfantine de Montelly, Diana Berney Jeanson, 49 ans, mère de trois enfants, se dit «citoyenne du monde» quand bien même son passeport à croix blanche contredit son affirmation. «Etrangère» à Madagascar où elle a grandi et reçu une éducation tant française que malgache, elle croise le chemin d’un coopérant combier qui deviendra son époux.

C’est en 1986 que Diana, accompagnée de sa première fille de cinq ans, atterrit au Brassus en plein hiver. L’accueil? «Quel accueil?, s’exclame Diana en un rire chaleureux. Oui, bien sûr, j’ai croisé des regards méfiants. Il y a même des gens qui nous ont invités par curiosité malsaine. Ils s’étonnaient de ma bonne pratique du français.»

«Son pesant d’or»

Pour Diana, ce fut une chance: «Cela vaut son pesant d’or que de parler la langue du pays d’accueil. Même si les cultures sont différentes, la pratique du français a permis une ouverture.» Mais l’intégration, Diana l’a surtout vécue par ses activités professionnelles. Elle n’est pas arrivée en Suisse les mains vides, mais son parcours à Madagascar (trois ans de médecine à l’université, travail d’aide-infirmière-interprète auprès d’un pédiatre français, enseignante à l’école française) n’était pas reconnu: «Quand je suis arrivée ici, ma priorité, c’était de trouver du travail.»

Diana suit une première formation de monitrice d’éducation physique pour handicapés, fait des remplacements au Centre de vie enfantine du Sentier, puis poursuit dans cette voie par une formation d’éducatrice de la petite enfance.

Au sein du Centre de vie enfantine de Montelly, Diana joue – sans s’en rendre compte, sans qu’il ne soit nommé non plus – un rôle de médiatrice culturelle: «Mes origines étrangères donnent un poids différent à ce que je dis lors de mes contacts avec les familles émigrées. L’empathie n’est alors pas un vain mot. La douleur vécue fait écho chez l’autre. Les parents de différentes cultures peuvent s’identifier et trouver une résonance particulière.»

Ce rôle de «passeuse» entre deux cultures, entre deux environnements, Diana le poursuit encore dans le cadre d’une nouvelle activité, celle de coach en éducation, formation qu’elle vient de terminer.

Reconnaissance

Diana exprime une reconnaissance sans borne à la Ville de Lausanne et à l’attention que son employeur porte à la question de la discrimination, une problématique qui n’en est pas une, à ses yeux, au sein de l’administration.

Il n’en va pas de même dans la vie quotidienne de Diana… qui ne mâche pas ses mots quand il s’agit de décrire clairement ce qu’il lui arrive de traverser: «Malgré les efforts d’intégrité et d’intégration, cela n’enlèvera pas le délit de faciès. C’est quelque chose de permanent. Le racisme, je le vis au quotidien. Parfois cela peut me mettre en colère, et parfois je passe par-dessus. Cela dépend de l’état dans lequel je suis. Ce n’est juste pas facile à identifier. Mais c’est là.»

D’où l’importance de cette «colonne vertébrale» qu’évoque Diana: «Etre bien là-bas pour être bien ici, c’est un sentiment qui perdure aujourd’hui et qui me permet d’aller d’une culture à l’autre sans contrainte.»

Une force gaie et sereine

Ce va-et-vient prend la forme – outre des vacances dans sa famille – d’un accompagnement d’enfants malgaches venus avec Terre des Hommes se faire soigner ici. Cet engagement trouve également un prolongement dans la création de la fondation Roche, du prénom de ce petit enfant «que j’ai accompagné jusqu’à la fin de sa vie». Cette fondation, qui existe depuis dix ans, a été mise sur pied pour rapatrier les corps des enfants décédés ici: «Jusque-là, les enfants étaient enterrés à Lausanne, ce qui était extrêmement douloureux pour les parents demeurés là-bas.»

Au-delà de ces événements de la vie parfois peu malléables, sa différence – «je serai toujours différente quoi qu’il arrive et où que je sois», dit-elle volontiers –, Diana la façonne au quotidien en une force à la fois gaie et sereine…

Janvier 2008
Corinne Chuard, BLI
 

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