Infirmière au CHUV, Tharany Kanapathy se rappellera toute sa vie de son premier voyage en avion... un long voyage, mais elle se réjouissait tellement de revoir son père. Elle s’en rappelait avec peine, puisqu’elle n’avait que trois ans quand il avait dû fuir le pays. Premier voyage et première expérience de la différence sous la forme d’un… poulet servi par les hôtesses de l’air: «Il était différent de celui de la maison!» Français à haute dose
Arrivée à l’aéroport de Genève, son père les attend avec d’autres amis. La famille se retrouve, des amis filment les retrouvailles, histoire de capter le moment et les émotions qui le traversent. Tharany visionne parfois ces images fortes d’émotions et de souvenirs. Arrivée sous le sceau du regroupement familial, Tharany fréquente immédiatement l’école dans son quartier de la Pontaise. Elle se rappelle la difficulté à communiquer, mais rapidement elle suit des cours de français intensif proposés par l’école. Au-delà de la langue, Tharany s’est vite sentie intégrée dans sa classe. Elle ne s’est jamais sentie dénigrée ou mise à l’écart par ses camarades. Au contraire, ses copines inscrites au club de gym de la FSG Lausanne-Ville, l’entraînent avec elles. Ainsi les parents de Tharany, soucieux de sa socialisation, l’y inscrivent. Elle fera de la gymnastique rythmique pendant presque 10 ans. Grâce à son apprentissage rapide de la langue française, Tharany a toujours aidé ses proches qui rencontraient des problèmes de communication. C’est ainsi que, aujourd’hui encore, il lui arrive de jouer le rôle d’interprète au travail comme ailleurs. Fière de sa culture Fière de sa culture et de ses traditions tamoules, il lui arrive de revêtir le penjabi, l’habit traditionnel porté par les femmes dans le sous-continent indien. Plus jeune, cela fascinait ses copines qui n’hésitaient pas, à leur tour, à enfiler ces habits colorés et brillants, les transportant vers les contes orientaux. Aujourd’hui encore elle reçoit les compliments de ses amis. La religion hindoue fait partie de sa vie quotidienne. Elle fréquente le temple de la région et prie presque tous les jours devant son temple domestique avant de s’endormir. Outre la gymnastique, elle a aussi longtemps fréquenté les cours de Bharata Natyam, danse traditionnelle de son pays. Plus tard…
Apatride, elle n’a jamais pu visiter son pays d’origine depuis son arrivée en Suisse. Elle a finalement entamé une démarche de naturalisation et possède depuis 2007 un passeport à croix blanche. Ce document lui permettrait de voyager, mais malheureusement la situation politique instable du Sri Lanka semble repousser ce rêve à plus tard. Ce nouveau passeport en poche, Tharany ne se sent pas plus suissesse qu’avant. Elle est tamoule, mais au plus profond d’elle-même elle s’est toujours «sentie d’ici et même un peu plus suissesse que tamoule» ! Alors elle préfère dire qu’elle n’est «ni l’un, ni l’autre ou les deux à la fois» ! Février 2009
Anna Andreiuolo, BLI
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