Patron du meeting Athletissima (dont la 34e édition a lieu le 7 juillet 2009), Jacky Delapierre est sans conteste l’une des figures les plus influentes du sport lausannois. Homme de convictions et d’amitiés, il a placé Lausanne sur la carte de l’athlétisme mondial.
L'unique différence entre un fou et moi, c'est que moi je ne suis pas fou. Cette phrase de Salvador Dali s’adapte parfaitement à la personnalité de Jacky Delapierre, «Monsieur athlétisme» à Lausanne. Lorsqu’il décide d’organiser une réunion au stade de Coubertin en 1977, peu de gens croient en son projet. «On me traitait de fou», glisse-t-il avec le sourire du type qui sait qu’il a eu raison. Un homme y croit pourtant. Juan Antonio Samaranch, alors président du CIO. «Il m’a toujours soutenu», appuie Jacky Delapierre. Le 8 juillet 1977, Coubertin accueille son premier meeting et son lot de médaillés olympiques. Une pluie diluvienne s’abat sur Lausanne ce soir-là, empêchant la bonne tenue de la manifestation. Mais les coureurs sont sous le charme et acceptent de revenir au mois d’août dans de meilleures conditions. Athletissima entre dans la cour des meetings par la grande porte. Jacky Delapierre, à tout juste vingt-cinq ans, a réussi son pari.
«Vitrine de Lausanne à l’étranger, Athletissima jouit d’une valeur inestimable aux yeux de la Ville qui en est consciente.»
Patron à l’ancienne
Une trentaine d’éditions plus tard et à quelques encablures de la cuvée 2009, Jacky Delapierre n’a pas changé son mode de fonctionnement. Le monde de l’athlétisme s’est professionnalisé, le dopage s’est institutionnalisé, les cachets des athlètes ont flambé, mais Jacky Delapierre demeure le même. Patron de meeting à l’ancienne, il favorise le contact humain et va voir les athlètes pour leur demander personnellement de venir courir à Lausanne. «Usain Bolt revient à Lausanne cette année et je peux garantir que ce n’est pas une question d’argent. Quand il a vu le calendrier, il a dit qu’il voulait venir à Lausanne malgré des meetings extrêmement cotés avant et après le 7 juillet. On l’a découvert en 2002 et il est déjà venu à quatre reprises à la Pontaise.» Mais Jacky Delapierre ne pense pas qu’à Bolt. Car si les stars assurent les rentrées spectateurs, il faut travailler une année entière pour mettre sur pieds une organisation pareille.
Un mot d’ordre: fidélité
A la tête du comité d’organisation depuis plus de trente ans, l’homme a l’amitié fidèle. «Disons que c’est vrai que plusieurs membres du comité en font partie depuis le début. Et ceux qui partent le font parce qu’ils changent d’orientation professionnelle.» Vitrine de Lausanne à l’étranger, Athletissima jouit d’une valeur inestimable aux yeux de la Ville. «Qui en est consciente», précise-t-il.
Fonceur né, Jacky s’appelle Delapierre mais pourrait volontiers se rebaptiser Delaterre: «Je suis issu d’une famille ouvrière et je me sens profondément terrien. Il ne faut jamais oublier d’où l’on vient et privilégier la relation humaine.» A Lausanne, il aime aller boire un pot au Grütli et déambuler dans les étals du marché de la Riponne le samedi matin. A 56 ans, mû par une passion qui ne s’est pas effilochée avec le temps, Jacky Delapierre continue de penser à l’avenir. Le sien bien sûr. Et puis celui de sa ville. Bien sûr.