Directeur du Laboratoire suisse d'analyse du dopage (LAD), Martial Saugy traque la tricherie à travers des éprouvettes. Sommité dans le petit monde de la lutte anti-dopage, le Broyard de 54 ans ne regarde plus le sport comme avant.
«Je ne peux plus voir une Russe gagner sur demi-fond sans être suscpicieux.» Pour Martial Saugy, directeur du Laboratoire suisse d'analyse du dopage à Epalinges, la multiplication des cas de dopage a progressivement étouffé le feu sacré de cet amoureux du sport. «Je ne disais pas cela en 2002-2003, je pensais que l’on pouvait être efficace, mais les abus ont continué et les scandales ont éclaté. Alors avec les années, j’ai moins de plaisir à suivre les courses cyclistes.» Pourtant dans ce constat plutôt terne subsiste encore quelques lueurs d’espoir: «J’arrive à m’enthousiasmer pour un coureur comme Bekele.» Et malgré le perfectionnement des techniques de dopage, le Broyard de 54 ans ne compte pas abandonner une lutte qui est rapidement devenue un sacerdoce: «Rechercher des traces biologiques, développer de nouvelles méthodes d’analyse, voilà les choses qui me font plaisir et les règles que je vais défendre. Et le travail a évolué, il y a dix ans on n’aurait jamais pensé collaborer avec les pharmas, alors qu’aujourd’hui, nous effectuons une bonne partie des recherches en commun. L’argument éthique joue parfaitement son rôle.»
«A l’extérieur, je suis le représentant de Lausanne. Cela signifie quelque chose pour les gens.»
Pas un ayatollah
Vus par les instances dirigeantes et par le public comme des garants de la vérité, les laboratoires d’analyse du dopage, et en particulier celui de Lausanne, officient presque dans un rôle de bourreau: «Et cela arrange tout le monde, glisse Martial Saugy. Les juristes veulent connaître nos conclusions, les fédérations nous félicitent pour notre travail lorsque l’on décèle une anomalie, mais d’un autre côté, elles vont se dire que l’on fait «mal» au sport avec nos résultats. Donc pas question de bomber le torse. Et lorsque l’on annonce un résultat positif, il faut l’assumer devant les instances et les médias.» Et est-ce que cette position rigide et omnisciente déteint dans la vie privée: «Au quotidien, je ne suis pas extrêmement rigide. Et dans mon travail, je ne suis pas un ayatollah. Pour moi, tout le monde a droit à l’erreur et j’aurais de la peine à effectuer mon boulot s’il y avait la peine de mort au bout par exemple.»
Voir le Léman
Fils d’un paysan de la Broye, Martial Saugy a peut-être passé une bonne partie de sa vie en blouse blanche, mais il a également arpenté les rues de Lausanne en habit orange: «J’ai travaillé pour la commune à l’époque de mes études. J’habitais à la Bourdonnette, tout près de l’Université.» Etudiant en biologie végétale, Martial Saugy a intégré la lutte anti-dopage sans en connaître tous les secrets: «Quand Lausanne a posé sa candidature pour les J.O., il fallait créer un laboratoire. Je suis rentré de Montréal en 88 et le labo a ouvert le 1er janvier 1990.» Un laboratoire connu pour la pertinence de ses analyses: «A l’extérieur, je suis le représentant de Lausanne. Cela signifie quelque chose pour les gens.» Lausanne, une ville que Martial Saugy adore: «Je me souviens de l’époque où je balayais, il y a plein de petits quartiers. Et puis ce campus magnifique. Et puis cette pente qui permet de voir le Léman.» Côté sorties, l’ancien étudiant se rappelle de la Bavaria au sommet du Petit-Chêne et du café Romand quelques mètre plus loin sur Saint-François: «Dans ce domaine, j’affiche une certaine constance», conclut-il avec le sourire.