Driss Semlali ne s’exprime guère sur la nostalgie qu’il ressent pour sa terre natale, le Maroc, et sa ville, Rabat. Mais son engagement, tout au long de ces dernières années, pour l’intégration des étrangers et le dialogue culturel, en dit sans doute plus sur son besoin de retrouver… l’âme amputée. «C’est le poids de l’exil qui m’a poussé à m’intéresser au domaine de l’intégration, cet héritage traîné de là-bas, porteur de multiples références. Au bout de plusieurs années, l’émigré est comme un arbre qui se déracine, alors même que cet arbre reste enraciné jusqu’à la dernière goutte», témoigne Driss Semlali. Ce «poids de l’exil», il n’a émergé que bien des années après son arrivée à Lausanne en 1979. De Rabat à Lausanne Après une enfance et une jeunesse passées à Rabat, où il fréquente le Foyer de recherche artistique théâtral et y fait ses premiers pas de danseur, Driss Semlali rejoint à Lausanne - il a alors juste vingt ans - le Ballet de la Jeunesse Romande. C’est le début d’une carrière qui l’amène à danser dans plusieurs compagnies, dont le Ballet Contemporain Suisse, le Valais Danse Théâtre (qu’il crée à Sion) et le Ballet Abraxas à Genève. «Durant toute ma trajectoire de danseur, je n’ai pas eu de contact avec ma communauté. Je ne ressentais pas le besoin de cette recherche d’identité, explique Driss. C’est avec l’âge, la réalité de la vie, qu’on se penche vers ses racines, son existence et son devenir. C’est ainsi que je me suis intéressé au domaine de l’intégration, en fréquentant le monde associatif, où le côté humain plus qu’identitaire est mis en relief.» Réconciliation avec sa culture Le président de l' Association Orient-Occident sera à l’origine de nombreuses initiatives, dont un projet intitulé «Couleurs et voix» resté vivant dans la mémoire lausannoise pour avoir rassemblé communautés étrangère et suisse en un spectacle poignant. Ces divers projets l’ont réconcilié avec lui-même, «avec ma culture, mes racines», remarque Driss Semlali. Aujourd’hui, autant il combat l’idée, le rêve d’un retour et se bat pour un avenir en Suisse, autant il appelle de ses vœux la création d’un centre culturel arabe, espace de dialogue indispensable et de réflexion féconde entre les communautés d’ici et de là-bas. «Avec l’émigration, on s’éloigne de notre mentalité d’origine, et, dans le même temps, on ne sera jamais de culture suisse, témoigne Driss Semlali. On revendiquera toujours notre particularité communautaire. C’est l’histoire d’un mariage qui n’aboutira jamais à un divorce. On critiquera toujours la Suisse, et on l’admirera toujours». Juin 2009
Corinne Chuard |