Ancienne décoratrice, Nathalie Dielen a troqué les intérieurs douillets pour des terrains où cibles et flèches jouent un impressionnant ballet. Portrait d’une archère lausannoise pur sucre, amoureuse de sa ville et de son sport.
A droite, le calme ancestral des ruines romaines, les vestiges de Lousonna. A gauche, le bowl de Vidy et son incessant va-et-vient de roues et de vie. Et au milieu, le terrain des archers de la Ville de Lausanne, le lieu d’entraînement de Nathalie Dielen, seule archère suisse qualifiée pour les Jeux Olympiques de Pékin l’an dernier. «C’est un terrain convoité, souffle cette ancienne décoratrice de 42 ans. Il faut avouer que l’on est vraiment bien ici entre les ruines et le lac. Lorsque je concourais en amateur, j’y passais des journées entières. Et puis il y a ce monsieur qui vient presque tous les jours pratiquer son wushu (réd: ensemble des arts martiaux chinois) en marge du terrain, c’est apaisant. Les seules petites nuisances que l’on peut déplorer, c’est la sono parfois trop forte des jeunes riders du bowl et les grillades. Le vent chasse la fumée des grills et l’amène sur les cibles. Un jour, d’ailleurs, les cibles étaient grises! Mais autrement, ce sont les meilleures conditions du canton.»
«Je ne pourrais pas vivre ailleurs qu’au bord d’un lac et les rives du lac Léman l’été, c’est à chaque fois un parfum de vacances.»
Tête en l’air
Professionnelle depuis 2002, Nathalie Dielen n’a pas démarré sa carrière sportive un arc à la main. Mais il y avait déjà des cibles, puisqu’elle a joué plusieurs années au curling: «Nous n’avons jamais eu une équipe entièrement féminine, ce qui fait que je n’ai jamais pu disputer de compétition de haut niveau. J’aime encore énormément ce sport qui requiert de la concentration et de l’anticipation. Le curling ressemble aux échecs dans le sens où il faut systématiquement penser à l’avance si l’on veut gagner. D’ailleurs dès que je le peux, je vais jouer.» Archère sur le tard, à trente ans, Nathalie Dielen concède pourtant un côté tête en l’air dans un sport où la concentration et la précision sont érigés en dogmes: «J’étais déjà comme ça à l’école. Au collège de l’Elysée, il y avait un parc avec des écureuils. J’adorais laisser mon esprit flâner quelques instants. Et une fois, lors d’un travail écrit en sciences, cela n’a pas pardonné! (rires) C’est pour cette raison qu’en compétition, j’attends les deux premières minutes avant de tirer ma première flèche.»
Besoin du lac
Epouse de Tom Dielen, secrétaire général de la FITA (Fédération Internationale de Tir à l’Arc), Nathalie Dielen sait mieux que quiconque les difficultés rencontrées pour survivre en Suisse dans un sport très peu médiatisé: «La fédération suisse touche 15'000 francs par année et c’est tout.» Mais la passion prend le pas sur la frustration. Pour aller s’entraîner à Pékin avant les Olympiades, par exemple, Nathalie Dielen a payé le voyage de sa poche. Sans regrets.
Lausannoise depuis toujours, Nathalie Dielen aime sa ville. «Je ne pourrais pas vivre ailleurs qu’au bord d’un lac et les rives du lac Léman l’été, c’est à chaque fois un parfum de vacances. J’étais à une compétition en Bretagne et c’est là que je me suis aperçu que nous avions de la chance de vivre dans un endroit aussi magnifique. Un lieu où j’aime aller? Un temps nous allions souvent au Chalet des bains, mais j’avoue avoir de la peine à me retrouver dans des lieux enfumés.»