«Je n’ai plus un pied en Italie, et un autre en Suisse, mais les deux sur la passerelle, ma passerelle». L’oliveraie de son grand-père à ses pieds, au propre comme au figuré, Nicola Di Pinto se dit «apaisé». Nicola Di Pinto, c’est lui qui a repensé la Fête à Lausanne pour la transformer en «Caravane interculturelle». Cette fête, qui ira dès l’année prochaine de quartier en quartier à la rencontre des Lausannois d’ici et d’ailleurs, «ne sort pas de nulle part, mais bien d’un vécu», avoue Nicola. Un vécu multiple, où un fil rouge – il parle de sa «mission de vie» – semble se dessiner au fil des années: l’envie de faire vivre à l’autre, au-delà des origines, au-delà des générations, des moments – même furtifs – de bonheur et de partage. Des mondes différentsC’est à l’âge de quatre ans que Nicola, né en mai 1968, quitte sa grand-mère italienne pour rejoindre son père maçon et sa mère ouvrière, tous deux émigrés à Vevey. La rue, avec les copains étrangers et quelques Helvètes, et l’école seront ses premiers terrains de jeu, d’expériences et de contact avec son nouvel environnement. «Pour moi, l’émigration ne fut pas à proprement parler une souffrance, elle le fut plus pour mes parents, et leur souffrance fut difficile à porter, témoigne aujourd’hui Nicola. La conscience de la différence, je l’aurai à l’adolescence. Le foot a permis d’atténuer ce sentiment et de m’ouvrir sur des mondes différents.» «J’avais une sorte de chemin tracé: rentrer en Italie», raconte Nicola. Et ce chemin que ses parents appelaient de leurs vœux, il le fera seul, à l’adolescence, en revenant dans son village italien. Une année d’étude et d’aventure, et un accident grave après, il rentre en Suisse: «J’avais compris que ce n’était pas là-bas que…» Les ingrédients d’une vieSa curiosité naturelle, son envie d’indépendance, son besoin d’aventure, sa capacité à prendre la vie du bon côté seront désormais les ingrédients d’une vie qui ne va cesser d’osciller entre deux pôles: l’attention à autrui et l’organisation de manifestations, qu’elles prennent la forme de concerts, de fêtes ou d’événements. Sa maturité au Liceo Pareto et un diplôme d’agent de voyage en poche, Nicola obtient son premier job: il est chargé du refoulement des requérants d’asile au sein de l’Office cantonal des requérants d’asile. «J’avais l’utopie de rendre ce moment-là le moins douloureux possible…» Parallèlement, il met sur pied des concerts (notamment dans le cadre du Rocking Chair veveysan), une activité qui débouchera sur l’organisation d’événements pour une société lausannoise puis, durant trois ans, sur d’importantes responsabilités au sein du Festival Jazz de Montreux. Avant un retour vers «des hommes comme moi» avec l’organisation d’événements pour Terre des Hommes. L’existence de Nicola Di Pinto pourrait donner le tournis: des jobs exigeants, des formations complémentaires, une vie «parallèle» où, très tôt déjà, le plaisir des autres est au centre: «J’aime le vrai, la sincérité, l’émotion», dit-il. La Caravane interculturelle lui ressemblera-t-elle? Il n’est pas impossible que les Lausannois, d’ici et d’ailleurs, se laissent emporter par le mouvement…
Septembre 2009
Corinne Chuard |