Sa famille et le volley sont les deux piliers de sa vie. Tous deux, de son aveu, ont joué un rôle fondamental dans son intégration dans la vie helvétique. En 1989, son père Andrzej part de Pologne en éclaireur. Professionnel de volley, il élit domicile dans le petit village de Diesse, au pied de Chasseral. Le VBC Plateau de Diesse, qu’il entraîne durant huit ans, connaîtra la gloire de la Ligue A et fera vibrer toute une région. «Mon père avait deux ans d’avance sur nous. Lorsque nous sommes, ma mère, mon frère et moi-même, arrivés à La Neuveville en 1991, il nous a guidés et appris… comment faire avec les Helvètes…!», raconte Piotr Wiacek. Et la retenue fut parmi les conseils prodigués: «En usant de discrétion, en ne parlant pas le polonais dans la rue, nous n’avons pas croisé de regards malveillants», témoigne Piotr. Un geste d’importance Pour autant. A l’école qu’il fréquente, Piotr - qui ne parle, au début, pas un mot de français - perçoit bien le malaise: «Nous étions les seuls étrangers, et à cette époque-là, les gens ne savaient pas quoi faire avec nous…» Il a fallu la main tendue - «un geste d’importance sur le parcours d’une vie, dit Piotr, je lui serai toujours reconnaissant» - d’un professeur, volleyeur lui aussi, qui lui apprend le français après les cours. Mais le sport sera indéniablement «le plus grand facteur d’intégration, le fil conducteur de ma vie», témoigne Piotr. Sous l’impulsion de son père, il commence le volley à l’âge de douze ans. C’est alors qu’il suit son gymnase à Bienne que Piotr est repéré par le LUC Volleyball, qui l’attire à Lausanne et lui financera ses études (HEC, master en psychologie, postgrade en management du sport). C’est aussi grâce au volley qu’il obtient son passeport suisse: la Fédération suisse de volley fait les démarches au tournant du millénaire pour permettre à Piotr… de rejoindre l’équipe suisse. «Tout aurait été plus difficile» Durant quatorze ans, chez les cadets, puis les juniors, et enfin au sein de l’équipe hommes, il parcourt les cinq continents, vit des émotions, rencontre des gens: «C’est génial ! Si je n’avais pas eu le sport, tout aurait été plus difficile», avoue Piotr. Si, durant les six premières années en terre helvétique, il était «un vrai Polonais en Suisse», aujourd’hui l’envie de vivre là-bas ne le taraude pas: «Ici, si on est ambitieux, on arrive à beaucoup de choses». Et puis c’est vrai aussi que, si Lausanne l’a adopté, Piotr a adopté Lausanne, une ville gâtée par la nature… pourquoi faudrait-il la quitter?!
Octobre 2009
Corinne Chuard |