L’émigration, Filipe Dos Santos, 33 ans, l’a vécue en plusieurs étapes. Enfant de sept ans, il a d’abord vu ses parents partir pour la Suisse. Filipe est resté une année chez des amis de la famille, avant de rejoindre son oncle et sa tante en Savoie, histoire de se rapprocher géographiquement de ses parents. C’est là, en Savoie, qu’il noue ses premiers contacts avec le monde francophone. Ses cousins, l’école catholique qu’il fréquente sont ses terrains d’apprentissage de la langue de Molière. De ce séjour qui se prolonge durant sept ans, Filipe conserve d’excellents souvenirs, une parfaite maîtrise de sa langue d’adoption et… un léger accent français! Pas d’obstacle Lorsque le permis B de son père permet à la famille de se retrouver réunie, c’est d’abord à Yverdon qu’elle s’établit. «Les gens s’attendaient à voir un petit bouclé avec un ballon de foot sous le bras», témoigne Filipe, et non un jeune homme parfaitement francophone. Pour Filipe, l’école et la connaissance de la langue ont clairement été deux facteurs d’intégration essentiels. Après une maturité à Yverdon et des études de lettres à Lausanne, Filipe Dos Santos travaille plus de quatre ans comme assistant de recherche à l’université avant de rejoindre un cabinet de muséographes à Vevey, puis l’équipe du Musée de Pully. «En tant qu’étranger dans le milieu de la culture, je n’ai pas rencontré de handicap particulier», souligne-t-il. L’intégration? Un non-sujet! Au fond, l’intégration, pour Filipe, est un non-sujet! «Je n’ai jamais cherché à être Suisse ou étranger. Et je ne veux pas me poser ce genre de question et faire ce genre de distinction entre moi et les autres. Je me sens à triple appartenance: Portugais et Suisse, avec une touche française. A bien y réfléchir, je me sens finalement assez Européen, au sens géographique et culturel. Et je suis un bon petit Suisse aussi, avec une structure mentale helvétique… J’adore revenir en Suisse, et à Lausanne en particulier. Lausanne, c’est l’endroit où j’ai habité le plus longtemps, c’est chez moi maintenant. J’adore cette ville à dimension humaine, universitaire, multiculturelle», avoue en vrac Filipe. Le besoin de se définir ne le taraude pas au quotidien. Prendre les bonnes choses de là-bas – les goûts et les parfums, «un petit bout de chez moi», dit-il –, les partager avec les gens d’ici et d’ailleurs qu’il apprécie… voilà, peut-être, ce qui réjouit Filipe. Novembre 2009
Corinne Chuard |