Zaid a passé son enfance entre Kaboul et la Tchécoslovaquie. Militaire de carrière, son père avait saisi l’occasion de réaliser un doctorat pour s’établir, avec sa famille, en Tchécoslovaquie : « Il pensait secrètement que cela serait plus facile de partir depuis ce pays. » Il n’a pas eu tort, en tout cas pour son épouse et ses deux enfants. Aidés de passeurs, ces derniers arrivent clandestinement en Suisse. Zaid a 13 ans – on est en 1984 – et se souvient encore de la « peur que nous avions de nous faire attraper ». Alors que son père est, à Kaboul, emprisonné et condamné pour motifs politiques (il arrivera à son tour en Suisse en 1987), Zaid et sa famille, acceptés très rapidement comme réfugiés politiques, s’installent dans leur nouvelle vie lausannoise. Zaid parle tchèque et persan, mais pas un mot de français. « Dans la classe du collège de Villamont que j’ai rejoint, j’ai été très bien accepté, raconte Zaid. J’ai eu la chance d’avoir un professeur génial, Jean-Yves Ciocco, qui a tout fait pour faciliter mon intégration et pour que je me sente bien en classe. Je ne le remercierai jamais assez. » « Impensable de faire la police ici » Après le gymnase puis un intermède à l’EPFL, Zaid obtient un master en biologie à l’Université de Lausanne : « Le milieu universitaire est ouvert. On ne ressent pas vraiment qu’on est différent », témoigne Zaid. Son passeport suisse en poche – « c’est venu naturellement », dit Zaid – il tombe par hasard sur une annonce de la police : « Issu d’une famille d’officiers de carrière, ce monde ne m’était pas étranger. Par contre, il était impensable pour moi de faire la police ici, car je croyais, à tort, que le métier était réservé aux Suisses d’origine. Au début, j’avais une double casquette : étranger et universitaire. J’ai dû faire mes preuves. » Après quatre années passées au sein de Police-Secours, Zaid rejoint, il y a deux ans, la Police judiciaire de la Ville de Lausanne. Aujourd’hui, il est inspecteur à la Brigade criminelle. « Je me sens encore moitié-moitié » Zaid ne conserve presque plus rien de son pays d’origine, si ce n’est un sentiment d’appartenance – « je me sens encore moitié-moitié » – ainsi qu’une nostalgie des années 1970 : « Toute ma famille était là, en Afghanistan, pays en paix à l’époque. Les dix premières années de ma vie ont été une période très heureuse. » Aujourd’hui, sa famille, ses amis sont ici, et c’est ici qu’il travaille et a fondé sa propre famille. « Je suis retourné une fois à Kaboul, en 2002. Je faisais touriste dans mon pays d’origine. C’était une autre vie, d’autres gens. Tout avait été dévasté par la guerre. » L’ouverture de sa famille sur l’Ouest, ses va-et-vient entre les cultures moyen-orientale et occidentale, l’école et la pratique de sports, tel que le basket, tous ces éléments ont joué un rôle positif dans la construction d’une nouvelle vie hors de l’Afghanistan. Ce pays, il ne l’oublie pas cependant : aujourd’hui, Zaid a une petite fille, à laquelle il se réjouit de transmettre « mes origines, ma langue »… Corinne Chuard Mars 2010 |