Vanessa Cardoso, 35 ans, c’est d’abord un sourire, une fraîcheur, une gentillesse et… une réelle envie d’aller à la rencontre de l’autre. Et pourtant. Il lui a fallu une bonne dose de courage et une pincée de chance – trois rencontres qui seront décisives – pour que sa vie prenne une autre allure. Arrivée clandestinement dans les bagages d’une mère mue par une promesse de mariage, Vanessa Cardoso n’a que 16 ans lorsqu’elle rejoint une classe d’accueil de scolarité post-obligatoire (CASPO) du collège de Béthusy. «J’étais arrachée à mon pays, dépaysée. Je ne voulais pas apprendre le français. Je me suis faite rebelle», témoigne Vanessa. Une première rencontre importante«Réservée, agressive moralement et physiquement, c’est grâce à mon professeur de français Jacques Depallens que j’ai pu canaliser mon énergie. Il a joué un rôle particulier. C’était le papa que j’ai toujours cherché. Il fut le moteur de mon intégration, en me proposant de jouer dans l’équipe de volleyball de sa fille», raconte encore Vanessa. Cette première étape ne suffira pas. Toujours sans permis de séjour, Vanessa quitte le foyer familial et vit, durant six ans, de «rien», petits boulots aléatoires dans la restauration et la vente, posant ses valises dans une petite chambre en ville. Deuxième coup de pouceUne seconde rencontre décisive va donner un coup d’impulsion à sa vie. Raquel Vega, architecte, lui vient en aide, bataillant sec pour lui obtenir un permis de séjour. C’est un apprentissage de photographe chez Jacques Bétant qui déclenche le sésame. Vanessa jubile: «Il suffisait d’un seul élément positif pour que les choses tournent.» Quatre ans plus tard, la jeune photographe se retrouve pourtant au chômage. Mais sa ténacité aura le dessus. Elle se lance comme indépendante, puis, après une seconde période chômage – «je n’en pouvais plus, après quatre ans, de cette galère», tape à la porte de 24 heures. Bingo!Elle s’ouvrira d’abord provisoirement. Thierry Meyer, rédacteur en chef, la fera s’ouvrir pour de bon neuf mois plus tard, en lui proposant une place de stagiaire photographe en bonne et due forme. Bingo! «J’ai eu la chance d’avoir de bonnes personnes autour de moi», dit avec modestie Vanessa Cardoso. Le racisme? «Je ne l’ai pas ressenti ici, mais plutôt dans mon pays, le Brésil, lorsque j’y suis retournée. J’y ai mes origines, j’ai besoin de sa musique, de sa nourriture. Mais quelque chose me dit que je suis plus attachée à la société d’ici.» A tel point qu’elle a engagé une procédure de naturalisation. Son avenir, Vanessa le voit ici, dans ce pays dont elle a à cœur de respecter «ses lois, ses traditions, sa culture». Elle porte le secret espoir d’obtenir, à terme, un emploi stable, signe, pour elle, d’une intégration à 100%. La volonté jusqu’au bout...
Corinne Chuard
Avril 2010 |