Son père se vantait d’être autodidacte, il était combattant, résistant, communiste, antifasciste. Sa mère était issue d’une famille «petite bourgeoise et monarchiste». C’est dans ce foyer «peu banal», établi à Milan, que Gianfranco grandit. Ses premiers engagements datent de ses études universitaires, des «années d’espoir», suivies de Mai 68, mouvement qui l’a marqué. Puis c’est en Suisse – Gianfranco était venu rejoindre une Aiglonne, épousée en 1973 – qu’il a poursuivi sur ce terrain. Parallèlement à son travail d’enseignant au Liceo Pareto, Gianfranco œuvre au sein du Centre de loisirs de l’Union syndicale suisse, aujourd’hui Pôle-Sud, et de la Colonie libre italienne. «Etre utile à mes compatriotes» «Dans les années 1970, explique Gianfranco, les Italiens commençaient à réagir contre le stéréotype : on émigre en Suisse, on construit une maison, on fait étudier nos enfants, et on repart. Je me suis opposé à ce point de vue. Les syndicats ont ressenti la nécessité de s’organiser, de compter en Suisse et d’y prendre position. Je me suis engagé dès le début, tout en n’ayant pas, personnellement, des problèmes d’intégration. Mais je souhaitais être utile aux étrangers et à mes compatriotes, et leur donner une voix.» C’est ainsi qu’il a siégé jusqu’en 1994 à la Chambre consultative des étrangers de Lausanne, instituée en 1977. Au début des années 1980, Gianfranco rejoint l’INCA, l’Institute Nazionale Confederale di Assistenza, organisation d’émanation syndicale informant les Italiens et prenant en charge leur dossier personnel en matière d’assurances sociales. Dès la fin de l’année 1982, Gianfranco est appelé à la direction nationale qu’il quittera en… 2009. «Ici et maintenant» Mais son engagement ne s’arrête pas là. Aujourd’hui membre du Conseil général des Italiens à l’étranger, Gianfranco Gazzola assure la coordination des jeunes Italiens de 18 à 34 ans, auxquels il «essaie de dire : j’aurais de sacrées difficultés à me définir. Par le travail et l’engagement, je suis devenu un autre. Si je devais me retrouver dans un autre pays que la Suisse, je prendrais mes racines avec moi, dans ma poche». Pour Gianfranco, l’engagement a constitué un facteur d’intégration essentiel : «J’ai toujours considéré que la bataille pour le retour risquait d’être une bataille perdue. J’ai rapidement pris conscience que mes compatriotes devaient faire un effort ici et maintenant, plutôt que demain au pays.» «Modeste fantassin» au sein du Conseil communal de Lausanne, il veut aujourd’hui penser à ces personnes âgées – et parmi elles de plus en plus d’étrangers qui vivent un «pendularisme saisonnier» : «Il s’agit de garder le peu d’intégration conquise. Parce que l’intégration est une conquête.» Corinne Chuard
Juin 2010 |