«Tu feras des ménages comme tout le monde»: telle fut l’une des premières phrases de «bienvenue» entendue sur terre lausannoise. Adozinda Da Silva a 20 ans, elle est jeune mariée et vient d’arriver du Portugal, sa terre natale où elle a laissé ses douze frères et sœurs. Ces quelques mots seront à l’origine d’une première rencontre importante: celle avec une personne qui la considèrera comme sa fille, qui l’incitera à démarrer une formation d’aide-soignante et qui, dans sa société d’édition et d’art, lui procurera son premier vrai job… «J’avais réussi mon intégration» «J’avais obtenu ma maturité au Portugal, j’avais ici un emploi dans le secteur artistique où je me sentais heureuse… j’étais bien, j’avais réussi mon intégration», témoigne Adozinda Da Silva. A cette première période marquée par l’organisation de sa nouvelle vie et la naissance de ses deux enfants succède une période qu’elle qualifie, avec le recul, «de recherche». A la faveur d’une seconde rencontre, celle avec un écrivain qui l’incite à reprendre ses études, de nouvelles ambitions se réveillent. Adozinda Da Silva travaille entre autres dans un cabinet médical, pour payer ses cours de français à l’Université de Lausanne. Au fil des années et des expériences qui se vivent, l’envie de participer à la vie politique apparaît. On est en 1998 et Adozinda da Silva devient représentante des Portugais à la Chambre cantonale consultative des immigrés, au sein de laquelle elle participe aux travaux sur le droit de vote des étrangers. C’est dans la même logique qu’elle poursuit son engagement déjà palpable au Portugal: elle occupe le poste de vice-présidente suisse du parti social-démocrate portugais, avant de devenir secrétaire lausannois du parti démocrate-chrétien en 2003, puis, l’année suivante, présidente. Obstacles et patience Parallèlement, elle s’oriente vers l’enseignement d’abord au sein d’écoles privées, puis dans le public et enfin à la Haute Ecole Pédagogique. Cette activité professionnelle, Adozinda Da Silva l’a «arrachée» après un parcours semé d’obstacles et parsemé de patience. Aujourd’hui, Adozinda Da Silva peine à dire quels sont les facteurs ayant joué un rôle prioritaire dans son intégration et l’évolution de sa vie helvétique: est-ce sa famille – celle d’ici qui l’a toujours épaulée, celle de là-bas, «très fière qu’elle ait poursuivi ses rêves», est-ce le réseau des associations, portugaises notamment, est-ce encore l’engagement politique – «en me présentant à l’élection à la Municipalité de Lausanne en 2006, je voulais susciter des envies chez d’autres immigrés d’utiliser les nouveaux droits de vote et d’éligibilité» ? Ou est-ce enfin le parcours professionnel…? Ou est-ce tout simplement cette volonté qui la tenaille? Corinne Chuard
Juin 2010 |