Lorsqu’il débarque à Bâle en octobre 1990, Mustafa Kiliç n’a que 28 ans. Militant actif dans son pays, il venait de passer sept ans en prison. « Je n’arrivais pas à respirer dans mon pays. Je me suis dit : ce n’est pas pour moi.» Faux passeport, arrivée clandestine en Suisse, après un arrêt de quelques mois en Grèce: ce n’est muni que de son optimisme naturel que Mustafa Kiliç commence une nouvelle vie en Suisse, à Chiasso d’abord, puis à Lausanne, qu’il n’a plus quitté depuis. Apprendre la langue, pénétrer la société helvétique, «ce n’était pas évident», témoigne Mustafa. La communauté turque a été son premier port d’attache. L’OSAR et Pôle Sud – où il prend des cours de français – sont des lieux où il fait des rencontres humaines importantes. «Et puis la nature m’a beaucoup aidé aussi», relève-t-il, lui qui obtient le statut de réfugié politique quatre ans et demi après son arrivée en Suisse. «Un nuage noir» Quatre ans et demi qui se sont déroulés «comme un nuage noir». «Même aujourd’hui, entrer dans la communauté suisse demeure difficile, relève Mustafa. Si, avec la communauté des immigrés, les relations se passent bien, je perçois toujours un mur entre moi et les Suisses, un mur que je ne peux pas traverser.» Un sentiment persistant malgré son travail d’intendant à la Fraternité (il y œuvre depuis plus de dix ans), malgré son passeport suisse acquis il y a trois ans, malgré la famille qu’il a créée ici (Mustafa a épousé une infirmière hollandaise et a deux enfants, une fille et un garçon). S’engager pour l’exemple Mais Mustafa n’a pas pour habitude de se plaindre: «J’ai un travail, une famille. J’essaie d’être heureux avec de petites choses.» Il se trouve juste que le rêve de (re)partir s’est enfui, et que «la réalité, c’est ici aujourd’hui». Cette réalité, Mustafa la décline aussi dans un engagement politique au sein du pop, un engagement qui l’a amené à se présenter comme candidat au Conseil communal. Et il entend bien retenter sa chance lors des prochaines élections en 2011. «Par ces activités politiques, j’essaie de retrouver des racines», ses racines de militant d’alors. «Mais mon souhait aussi, ajoute Mustafa, c’est de donner un exemple d’engagement à mes enfants.»
Corinne Chuard
Octobre 2010 |