«Les migrant-e-s ne sont pas des objets ou des marchandises. Ce sont des gens qui ont un sentiment, un engagement. Quand on parle de migrant-e-s, on parle de personnes.»: le parcours de Luisa Cruz Hefti ne dit pas autre chose que ses propres paroles. Elle est tombée «dans la marmite du développement», comme elle l’explique, très tôt. Son père travaillait dans une ONG péruvienne, pour laquelle elle va elle-même œuvrer après ses études d’ingénieure industrielle. Lorsqu’elle arrive en Suisse en 1996 pour suivre un master en développement à l’Institut des hautes études internationales et de développement, elle sort d’une période de dix ans au cours de laquelle elle a travaillé non pas comme ingénieure, mais comme… journaliste au sein d’une radio éducative. «Une expérience magnifique»Son séjour helvétique devait se terminer deux ans plus tard. Mais, avant son retour, Luisa exprime le vœu de vivre un camp de vacances avec des handicapés. C’est là qu’elle fera la connaissance de son futur mari. Cinq ans plus tard, c’est à trois qu’ils partent avec Mission Bethléem Immensee à Lima, Pérou. Une ONG actrice dans la lutte contre la corruption cherchait une spécialiste en plaidoyer international. Ce sera Luisa: «Ce fut une expérience magnifique», témoigne-t-elle. A leur retour sur terre helvétique, Luisa met ses compétences au service tant d' E-Changer, association suisse de coopération solidaire Nord-Sud, que de la FEDEVACO, la Fédération vaudoise de coopération, et de sa commission technique. Celle-ci évalue et suit les projets de développement présentés aux communes, dont Lausanne, et au canton pour financement. C’est ainsi que Luisa va participer au Marché de Noël solidaire, mis sur pied du 16 au 18 décembre conjointement par la Fedevaco et Pôle Sud. Pour la première fois, E-Changer sera partie prenante de cet événement: les fonds récoltés durant ces trois jours de marché permettront de soutenir le couple de volontaires qui appuient actuellement la Ruta Pacifica de Mujeres en Colombie. L’engagement, le fil rougeL’engagement en faveur des droits humains, et en particulier ceux de la femme, voilà le fil rouge de la vie de Luisa Cruz Hefti. Outre son travail comme conseillère sociale au sein de l’Association des familles mono-parentales à Genève, Luisa s’implique avec énergie et concentration dans la campagne «Global call to action against poverty», dont elle est la répondante européenne du groupe de travail féministe. «Tout a un sens, parce que je l’ai voulu ainsi !», explique Luisa. Son intégration dans la vie d’ici, elle la doit, à ses yeux, non seulement à la maîtrise du français, facteur clé, mais aussi au réseau d’ami-e-s qu’elle a su créer autour d’elle et à sa «nouvelle» famille ici, «accueillante, très aimante». Luisa se dit «le produit d’une conjonction de circonstances»: il y a eu une époque où son pays, dans les années 1960-1970, vit un mouvement de réforme agraire et d’éveil éducatif, il y a eu aussi la rencontre de pères jésuites, devenus en quelque sorte ses mentors. Et puis, il y a sa décision personnelle: «Je me suis toujours sentie concernée. Nous nous trouvons dans un monde vide de sens. Axer sa vie sur l’être nous marque un horizon. Quand on n’a pas cela, on devient fragile. Ma force vient de là.» Une force tranquille, mais… éminemment déterminée. Corinne Chuard
Décembre 2010 |