«Il faut saisir l’opportunité de s’engager, au moins par le vote. C’est une chance. C’est aussi un devoir.». Mariana Analuisa Cruz participe à la campagne d’information et de sensibilisation « Votre Ville, Votre Vie, Votre Voix», mise en place par le BLI pour inciter les Lausannois d’ici et d’ailleurs d’user, lors des prochaines élections communales, de leurs droits politiques. Clandestine durant plusieurs années, Mariana Analuisa Cruz en connaît la valeur. En Equateur, le débat politique ne l’intéressait guère. L’envie d’agir en faveur de la démocratie lui est née ici. Aider l’autreAssistante comptable, elle tient en Equateur, son pays d’origine un petit supermarché, placé entre deux quartiers, l’un pauvre, l’autre plus aisé. C’est là, sur cette ligne, que Mariana découvre le vrai dénuement. A sa manière, elle aidera ceux qui en ont le plus besoin. En 1998, l’inflation que connaît son pays, la dévalorisation de la monnaie l’obligent à vendre son commerce. Sa sœur, partie une année plus tôt, habite Lausanne. C’est là que Mariana vient s’établir avec ses deux enfants. Touriste, puis rapidement clandestine, Mariana s’accroche. Elle prend des cours de français – «c’est très important d’apprendre la langue», témoigne-t-elle –, fait des ménages et agit. Elle agit en faveur des autres de nouveau, participant à la création de l’Association des Equatoriennes, s’engageant de manière soutenue au sein du… Collectif des Sans-Papiers. Intensément, elle-même clandestine, elle donne de son temps et de son énergie, à tel point qu’elle sera, à deux reprises, la lauréate de deux prix: en 2007, elle obtient le Prix des Sans-Papiers, reconnaissance de son engagement contre le racisme et la xénophobie, et en 2008, elle est l’une des lauréates du prix «Femmes exilées – Femmes engagées», récompensant son travail d’information en faveur des étrangères. Agir en faveur de la démocratieCet engagement sans faille, c’était bien, pour Mariana, le chemin pour obtenir une reconnaissance avant celle, plus officielle, de l’obtention d’un permis de séjour. Mais ce fut aussi sa façon à elle de s’intégrer dans la vie sociale et professionnelle d’ici. «Mais, souligne Mariana, l’intégration est possible aussi grâce à l’ouverture d’esprit des Vaudois. C’est aussi cela qui m’a donné envie de m’engager, et de m’engager malgré ma clandestinité durant de longues années.» Aujourd’hui, Mariana affiche sa volonté d’agir en faveur de la démocratie, en incitant autrui à voter. C’est son engagement actuel, à côté de sa présence qu’elle souhaite attentive auprès de ses trois enfants et de son mari, et d’une reconversion professionnelle qu’elle appelle de ses vœux. Corinne Chuard
Janvier 2011 |