Portraits du BLI
Outre les remplacements qu’il assure dans les écoles lausannoises, Adama Diaw a ouvert l’automne dernier une petite école dans le quartier sous-gare, nommée «J’ai crainte qu’on glisse vers le ghetto, témoigne Adama. J’ai le souci d’anticiper, de permettre aux enfants de ne pas rester à la traîne. Prendre soin ainsi de la société suisse me préoccupe. J’essaie d’amener ma petite pierre. Je dois beaucoup à la Suisse, j’y ai grandi, ai fait des rencontres, croisé du monde. Je veux rendre à la Suisse un peu de ce que j’ai reçu.» De Dakar à FribourgAdama Diaw est arrivé à Fribourg en 1978. Un professeur de philosophie de l’Université de Fribourg était venu donner une conférence à Dakar, dans le collège de Dominicains où étudiait Adama. Une année plus tard, son bac en poche, Adama s’envole pour Fribourg où il étudiera la philosophie à l’Université. La première année? Elle fut difficile, de l’aveu d’Adama. La rencontre d’un étudiant tunisien la rendra plus légère : «Il m’a pris sous son aile. Grâce à lui, j’ai fait beaucoup de rencontres. J’ai été très bien accueilli dans un milieu qui était ouvert. J’ai eu de la chance. J’ai toujours été au bon endroit, au bon moment. J’ai rencontré des gens intéressants, et cela a fait boule de neige.» Stratégie de la survieA la fin de ses études, Adama est retourné à Dakar. Deux mois lui ont suffi pour se rendre compte que… tous ses amis étaient à Lausanne! Retour sur la Suisse, séjour à Zurich où il se marie, puis à Lausanne. A côté d’un travail dans une entreprise pharmaceutique, Adama prend des cours de saxophone au Conservatoire. C’est le début de son implication sur la scène musicale lausannoise : «Ce n’est pas facile d’y survivre, la scène lausannoise est petite.» Mais Adama est persévérant, il développe une stratégie de la survie (cours de musique, petits jobs) jusqu’à ce qu’il commence, dès 2004, à travailler comme enseignant remplaçant dans les écoles lausannoises. Plus Suisse que SénégalaisAujourd’hui, Adama se sent plus Suisse que Sénégalais. Ce qu’il a acquis ici? Le côté discipline, respect de la parole d’autrui, la ponctualité et la rigueur professionnelle. C’est grâce à la culture et à son action sur la scène musicale qu’Adama s’est intégré. Il y a noué de très nombreux liens. C’est en partie grâce à lui que le festival «Cinéma d’Afrique», qui se déroule en août à Montbenon, a vu le jour. «Les passions ont débouché sur l’amitié, témoigne-t-il. En termes de rencontres, cela a été d’une richesse infinie.» Son désir pour demain? Partager sa vie entre la Suisse et le Sénégal : «Je ne peux pas me passer de Lausanne, mais ce serait agréable de vivre les hivers dans un pays chaud…!»
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