
Portraits du BLI
|  | «Gagner en liberté» D’Osaka à Londres, de Tokyo à Paris, la vie de Mutsumi Odan Urech a connu de multiples virages… avant un établissement à Lausanne et la création d’une école japonaise. Histoire d’offrir à ses enfants la liberté d’appartenir à leurs deux cultures d’origine, helvétique et japonaise. |
Depuis cinq ans, Mutsumi Odan Urech emmène ses deux enfants de 9 et 7 ans à Osaka, où, durant un mois et demi, ils suivent l’école publique. L’idée à l’origine de cette démarche : «Leur donner la chance d’apprendre le japonais correctement, de connaître aussi leur identité japonaise.» Pour Mutsumi Odan Urech, c’est une indéniable richesse que de grandir dans deux cultures différentes : «C’est un plus, et les langues influencent la pensée, en termes d’ouverture d’esprit, ce n’est que bénéfice.» C’est aussi ce souci d’offrir à ses enfants d’habiter deux cultures qui a constitué un moteur important à la création de l’Ecole japonaise de Lausanne. A ses débuts en 2004, une trentaine d’enfants de 2 à 5 ans sont accueillis une fois par semaine dans l’une des salles du Temple de Béthusy. Aujourd’hui, avec ses trois classes de niveau primaire et ses deux classes enfantines, l’Ecole japonaise de Lausanne prospère entre le collège d’Entre-Bois et le Temple de Bellevaux. Déracinée
Mutsumi Odan Urech ne cache pas le déracinement qu’elle a vécu à son arrivée à Lausanne en 1998. Ce n’était pourtant pas faute d’avoir expérimenté d’autres environnements. Son Bachelor of Arts de l’Université de Kobe en poche, Mutsumi travaille d’abord pour une entreprise japonaise dans le domaine de la logistique, puis se lance dans l’étude de l’histoire de l’art à Londres (où elle rencontre son futur mari). Retour sur le Japon où elle obtient un diplôme de conservatrice de musée, avant d’être engagée par Sotheby’s. Elle ne tarde pas à se mettre à l’apprentissage du français, gagne un ticket pour la France, s’installe une année à Lyon pour y perfectionner la langue de Molière, revient sur Osaka pour travailler d’abord pour une grande entreprise française d’habits de sports, puis pour une agence de tourisme… qui l’envoie à Paris accueillir les clients japonais.
Trouver des repères
Osaka, Londres, Tokyo, Paris… et Lausanne, tranquille et petite ville du bord du lac Léman. Les premiers temps sont difficiles, l’acclimatation guère aisée, jusqu’à ce que, mariage et permis C aidant, Mutsumi trouve des repères tant familiaux que professionnels grâce à un poste de secrétaire à la Mission du Japon à Genève. «Tout ce que j’avais étudié et fait dans ma vie ne me servait à rien au début», raconte Mutsumi. Si sa belle-famille et les connaissances rencontrées dans le sillage de la naissance de ses deux enfants ont joué un rôle dans son sentiment d’intégration ici, c’est surtout la maîtrise de la langue française – étudiée notamment à l’Ecole de français langue étrangère à l’Université de Lausanne – qui fut importante pour Mutsumi: «Comprendre une langue, s’exprimer correctement, c’est gagner en liberté»…
Corinne Chuard
Juin 2011

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