Depuis près de quarante ans, les affiches à la typographie puissante créées par le Lausannois Werner Jeker ont capté les regards de millions de passants. Dans les rues de la capitale comme un peu partout autour du monde. Elles ont voyagé au fil des pérégrinations de leurs commanditaires, comme le Théâtre de Vidy et le Musée de l’Elysée. Elles font désormais partie du patrimoine lausannois puisque le graphiste de 67 ans, cofondateur des Ateliers du Nord, a décidé de faire don de sa collection au Musée historique. «J’en ai déjà remis 333. On devrait arriver à un total de 500 à 600.» En attendant une mise en valeur future, l’ensemble est stocké dans les réserves. La conservatrice Sylvie Costa Paillet est enchantée: «Non seulement nous recevons le travail de Werner Jeker, graphiste reconnu internationalement, mais en plus ce corpus raconte quatre décennies de vie culturelle et commerciale à Lausanne. Son œuvre a formé le regard des Lausannois.» Dès le début des années 70, Jeker a collaboré avec nombre d’institutions culturelles de la ville, à commencer par le Musée des arts décoratifs (devenu Mudac). «A l’époque, les graphistes ne se battaient pas pour travailler pour les institutions, se souvient-il. J’ai eu de la chance, c’était le moment où la ville a commencé à être consciente de l’importance de la culture, univers dans lequel je baignais.» Les portes se sont ouvertes les unes après les autres, notamment celles du Musée de l’Elysée. «Pour le grand public, l’Elysée c’était la découverte de la photographie, avec des expos assez avant-gardistes.» Des milliers de visiteurs ont dès lors quitté les lieux avec une affiche griffée du maître mettant en valeur une photo de Capa, de Man Ray ou de Willy Ronis. «L’affiche, poursuit Jeker, c’est aussi une forme d’art pas cher à mettre sur les murs. C’est le témoin d’une émotion artistique, mais aussi d’un événement auquel on a participé, un moyen de dire: «Voyez, j’y étais!» D’ailleurs, au début, on tirait toujours une série d’affiches sans texte, mais elles ne se vendaient pas.» De nombreuses affiches ont été acquises par les collections privées ou publiques, comme le Museum of Modern Art de New York. Et ce n’est certes pas la première fois que Werner Jeker fait l’actualité d’un musée: du Japon au Venezuela, nombre d’institutions ont accroché les réalisations du Lausannois. Il aurait pu déposer sa collections dans un des musées suisses de l’affiche, à Bâle ou Zürich, mais, enraciné dans la capitale vaudoise, il a préféré le MHL: «Même les affiches que je trouve mauvaises, que je n’aurais jamais données à un musée de design, je dois les céder, parce que c’est une image de l’activité culturelle de la région.»
Gilles Simond – 24 heures – 7/11/2011 |  |  Les nouveaux plaisirs des objets et
ustensiles domestiques, Musée des
arts décoratifs, sérigraphie,1998

W.J avec David Siegenthaler, Nicolas
Bouvier, Le vent des routes, Musée des arts décoratifs, Lausanne, sérigraphie, 1998  Musée romain de Lausanne-Vidy
sérigraphie, 1993
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