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Anne-Marie Gbindoun – Dans de beaux draps

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Du 16 avril au 3 juin, église Saint-François

Dans de beaux draps

«Apparitions»

Vernissage

Samedi 16 avril – 15h30

Brève partie officielle avec Michel Thévoz, Jean-François Ramelet et le saxophoniste Raphaël Imbert.

Entrée libre sans réservation

 

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Anne-Marie Gbindoun – Artiste

Anne-Marie Gbindoun est née à Cotonou au Bénin. À onze ans, elle rejoint la métropole et sa capitale Paris pour découvrir la littérature et la musique classique, mais surtout les musées qui lui ouvrent la connaissance.

Puis elle vient en Suisse et s’établit à Crans-Montana pendant sept ans. Depuis une vingtaine d’années elle réside et crée à Lausanne. Les premiers à reconnaître son travail furent le Dr. Gérard Salem et le Professeur René Berger qui l’on encouragée dans sa démarche personnelle. Anne-Marie Gbindoun expose régulièrement en Suisse et à l’étranger.

https://gbindoun.com

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«Vivants suaires»

Depuis l’Antiquité, les artistes dits improprement «plasticiens» s’en tiennent aux données visuelles, ils gardent la distance, ils se satisfont des silhouettes, des périphéries, des ombres et des lumières, ils «photo-graphient» à proprement parler. On peut dire à cet égard qu’Anne-Marie Gbindoun fait corps avec ses compositions. Certes, ses calicots sont faits pour être vus; mais, déjà, ils sont en libre suspension, ils gardent les plis et le «tombé» d’une robe; et surtout, ils court-circuitent la distance de vision, ils opèrent par empathie corporelle, ils rapprochent les deux tissus, vestimentaire et épidermique, ils communiquent les frissons, les échauffements, les sécrétions, les chatouillements, les picotements…

Voir, c’est aussi voir autre chose que ce qu’on voit, pourrait-on dire en paraphrasant Merleau-Ponty, et c’est ce voir-là qu’Anne-Marie imprime ou dont elle imprègne ses toiles. Si elle invoque incidemment des silhouettes, c’est sur un mode allusif, pour acheminer le regard à la chair et à ses intensités. Elle n’entend pas simplement inverser les instances du refoulement, mais activer ce corps vécu qui échappe ordinairement à notre langage figuratif, d’où son caractère d’apparition. Corps et âme: plutôt que de sublimation (concept un peu casse-pied), on parlera de transcendance incarnée. 

– Michel Thévoz

 

«Dans de beaux draps»

Suspendus dans le chœur de l’église Saint-François, six grands draps peints par Anne-Marie Gbindoun s’offrent au regard du visiteur. Avant même d’imaginer qu’ils puissent être accrochés dans le chœur de l’église Saint-François durant le temps pascal, l’artiste avait intitulé cette série «Apparitions». Il n’y a pas de mots plus appropriés pour évoquer la résurrection, ce mot tout froissé de malentendus. Les récits des évangiles évoquent – en effet – la résurrection en termes d’apparitions du crucifié.

Que l’on ne s’y trompe pas, ces textes ne mettent pas en scène l’irruption d’un spectre, d’un fantôme dans le champ de vision des disciples, mais témoignent de la trace vive que Jésus, bien que crucifié et enterré, a continué à laisser dans leur vie. L’empreinte n’est pas rétinienne mais mémorielle et spirituelle. Les récits d’apparitions essaient de retranscrire les impressions produites par une expérience intérieure intense, plus qu’ils ne relatent – comme on le croit à tort - d’hypothétiques phénomènes audio-visuels historiques. La résurrection n’est pas de l’ordre d’une reconstruction charnelle (ce qui la confinerait à de la taxidermie), mais du dévoilement fulgurant et plénier d’une personne.

Lorsqu’ils l’ont côtoyé de son vivant, en chair et en os, les disciples n’ont vu Jésus que de loin. Une fois mort, Jésus crucifié continuera à les visiter puissamment au point que ceux-ci vont le voir désormais avec infiniment plus d’acuité, c’est-à-dire comme ils ne l’avaient encore jamais vu. L’expérience de la résurrection va les conduire de la périphérie de Jésus, jusqu’à son être intérieur dont ils ne soupçonnaient ni la profondeur, ni la hauteur. Les récits des apparitions expriment la conviction des premiers chrétiens que la mort n’a pas pu momifier Jésus, ni le figer, comme lorsque la mort coagule un cadavre, Ce n’est pas un corps que les disciples vont croiser, mais une personne qui ne va cesser les rencontrer, de les infuser, de les élargir, de les vivifier.

Je regarde les draps peints d’Anne-Marie Gbindoun comme je lis un récit. Il n’y a là rien d’étonnant puisque l’artiste poursuit depuis longtemps un travail d’écriture automatique et pictural dans ses carnets ou sur de grandes feuilles de papier Fabriano. Les draps, telles des péricopes d’évangile, m’entraînent dans une expérience immersive où je devine dans les points de couleurs vives, l’irradiation que la personne du crucifié a durablement laissée dans la vie des disciples au point de les transformer.

Depuis ce fameux premier jour de la semaine à Jérusalem, le Vivant n’est que de «passage» (c’est le sens même du mot hébreux Pessah-Pâque) et il ne nous laisse de lui que d’infimes impressions, faudrait-il dire des stigmates, semblables à celles que l’artistes a laissées sur ces draps.

 – Jean-François Ramelet

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