Urbanisme

Dans les coulisses d’une réfection hors normes

Le Grand-Pont, mis en service en 1844, est l’un des ponts emblématiques de Lausanne. Il est fermé pour réfection jusqu’en novembre 2022. Plongée dans les coulisses de ces travaux organisés en un temps record.

© Ville de Lausanne

Sa réfection était prévue de longue date dans le cadre du développement des axes forts de transports publics; elle a toutefois été dissociée du projet car les travaux ne pouvaient plus attendre. Avec sa localisation en plein cœur de Lausanne, son rôle d’axe structurant en matière de mobilité et sa valeur patrimoniale, la réfection du Grand-Pont comporte de nombreux enjeux. Mais sait-on vraiment lesquels?

«Toute la partie supérieure du pont, que l’on appelle tablier, va être complètement démolie et reconstruite, explique Cyril Gerbino, chef du projet. A un moment donné, il y aura plus que la partie en maçonnerie. L’ouvrage va se retrouver à nu avant de retrouver sa superbe.»

Depuis sa construction, le Grand-Pont a connu à deux reprises des travaux  d’une ampleur similaire (élargissements de 1892 et 1933). Ingénieur civil de formation, C. Gerbino ne cache pas son plaisir de gérer un tel projet: «Nous sommes au cœur des enjeux architecturaux et patrimoniaux, nous touchons à l’image de Lausanne. C’est majestueux.»

Cependant la mission est aussi très délicate: «Au-delà des compétences métier, la coordination prend une autre dimension quand on s’attaque à la colonne vertébrale de la Ville. Au début du projet, il est difficile d’imaginer le nombre d’actrices et d’acteurs avec lesquels nous allons échanger et de thématiques collatérales à gérer. Au fur et à mesure, la liste s’allonge et on se rend mieux compte de la dimension tentaculaire de tels travaux.»

© Ville de Lausanne

Agir en moins de 18 mois

Alors qu’un tel projet s’organise normalement sur plus de deux ans, c’est en moins de 18 mois que toute la préparation des travaux d’assainissement du Grand-Pont a été effectuée. «Un travail titanesque, rendu possible par une étroite collaboration entre toutes les parties prenantes et un fort esprit d’équipe,» poursuit l’ingénieur, qui travaille à l’entretien des ouvrages d’art de la Ville depuis trois ans.

Cette courte temporalité s’explique par la nécessité d’effectuer les travaux dans un délai de deux ans, exigence formulée par une expertise de juillet 2020, et par la volonté de préserver dans toute la mesure du possible les fêtes de fin d’année 2021 et 2022, moments-clés pour les commerçantes et commerçants de la Ville.

Des alternatives de mobilité

La fermeture du Grand-Pont implique de mettre en place des alternatives de déplacement, quel que soit le moyen de transport utilisé. Ce ne sont pas moins de 13 mesures qui ont été adoptées, dont une passerelle piétonne, un réseau de bus spécial et de nombreux aménagements pour assurer l’attractivité du centre-ville tout au long du chantier. Une signalétique conviviale et colorée propose des alternatives de cheminement aux différentes usagères et usagers.

Faits & chiffres

25
arches composent le Grand-Pont, dont six à l’étage inférieur. Entre 1874 et 1876, le comblement de la vallée du Flon a enfoui la rangée du bas.

Bien informer la population

Si la signalétique permet d’informer les personnes lorsqu’elles se trouvent sur place, il était aussi essentiel d’informer la population en amont, afin qu’elle puisse se préparer au mieux à ce bouleversement.

«Notre objectif était de fournir une information qui soit facile et pratique, tout en nous assurant que nous touchions les bons publics,» explique Isabelle Michaud, chargée de communication du projet. «Lausanne a dû être pensée en tant que lieu de résidence, place économique mais aussi en tant que chef-lieu du canton. Il a fallu réfléchir au-delà des frontières communales pour informer au mieux.»

132'000 brochures ont été imprimées et distribuées, notamment un tout-ménage envoyé à 86'000 foyers lausannois. Des courriers ont également été envoyés aux acteurs et faîtières économiques, aux villes voisines, aux institutions de soin et aux associations s’occupant de personnes en situation de handicap dans tout le canton.

Et après les travaux?

Quant au résultat final, aucun doute que la population reconnaîtra son pont en fin d’année. Dès le début des réflexions, la décision a été prise de rester fidèle à l’histoire du pont. «Du point de vue architectural, les lignes seront peut-être un petit peu plus fines sur la partie supérieure dans le but de mettre encore plus en avant les pierres mais la ressemblance sera flagrante», rassure C. Gerbino.

JM

Cet article fait partie du dossier Grand-Pont