Intégration

«Nous devons changer notre vision de l'intégration»

Le maire de Palerme, Leoluca Orlando, était de passage à Lausanne, ce vendredi 25 mars, pour la Semaine d’actions contre le racisme. Après avoir participé à une table ronde, il a donné une conférence sur ses combats contre la mafia et en faveur des personnes migrantes. Rencontre.

Comment abordez-vous aujourd’hui la question de la migration?
De manière très simple! Les personnes qui arrivent à Palerme sont toutes et tous des Palermitains. Il n’y a pas de différence entre les personnes qui y sont nées et celles qui y arrivent. Quand on me demande quel est le pourcentage de personnes étrangères à Palerme, je réponds zéro!

Vous êtes opposé aux permis de séjour?
Pour moi, il faut abolir les permis de séjour, c’est de l’esclavage moderne.  Cela va à l’encontre du droit humain, du droit à la vie et à la mobilité. L’identité d’une personne est définie aujourd’hui par la loi, alors que chacune et chacun avons notre propre identité. En Sicile, il y a cinq millions d’identités.

Quel est le rôle d’une ville dans l’accueil des personnes migrantes?
Une ville, ce n’est pas une gare où l’on trie les personnes. C’est une maison commune à tout le monde. C’est cette vision que je souhaite transmettre ici, à Lausanne comme ailleurs dans le monde. C’est en laissant les gens de côté qui qu’il y a des problèmes et que l’on crée du racisme.
Pour lutter contre le racisme, la meilleure approche est d’être clair, savoir ce que l’on veut! C’est comme cela que j’ai pu lutter contre la mafia et que la population m’a suivi.

Pouvez-vous nous parler du Conseil des cultures que vous avez mis en place?
Vous savez, Palerme est une ville qui s’est façonnée par de nombreuses influences et un mélange de population. J’ai créé un conseil Conseil des Cultures. Un organe unique en son genre pour que les personnes migrantes puissent participer pleinement à la vie de la cité. Ce Conseil a des fonctions de consultation et de proposition sur les actions de l’administration. Son président, aujourd’hui un Ivoirien, participe aux travaux du Conseil municipal. Il compte 21 membres, dont neuf sont des femmes!

Pour vous quel doit être le rôle d’un maire?
Le maire est une personne libre, contrairement à un chef d’état. Il n’a pas la responsabilité de la monnaie, des passeports ou des frontières. Il peut donc s’exprimer librement et aiguillonner les autorités nationales voire européennes pour faire bouger les choses.

Et par rapport à la population?
Là, il doit être pédagogue. Il lui faut expliquer et expliquer encore. Par exemple, que les problèmes sont identiques pour tout le monde: trouver un travail, se nourrir, se loger.
Un maire ne peut être que progressiste, parce qu’il est proche de sa population et qu’il connaît les problèmes du quotidien et qu’il peut expérimenter des solutions. Le rôle d’un maire est fondamental pour changer notre manière de voir la société et mettre la personne au centre de l’action politique.

YR