Politique sociale

Le recours à l’aide sociale diminue à Lausanne

En 2018 et pour la première fois en 10 ans, le nombre de bénéficiaires de l’aide sociale est en recul en Suisse. A Lausanne, cette tendance amorcée en 2017, se poursuit. La capitale vaudoise connaît la baisse la plus significative parmi les 14 villes suisses analysées par l’Initiative des villes pour la politique sociale.

«Recourir à l’aide sociale n’est un but pour personne. C’est un dernier filet essentiel de la sécurité sociale qui garantit le minimum vital et une aide individualisée, mais elle ne peut à elle seule résoudre toutes les problématiques sociales qui se présentent à elle», rappelle Judith Bovay, cheffe du service social de la Ville. Et d’ajouter, «Nous nous réjouissons de constater que les mesures mises en place par le Canton de Vaud et la Ville portent leurs fruits et diminuent le risque de dépendre de l’aide sociale».

Ce résultat encourageant ressort d’un rapport publié en octobre 2019 par l’Initiative des villes pour la politique sociale. Il compare, pour 2018, plusieurs indicateurs de l’aide sociale de 14 villes suisses, parmi lesquelles on compte Lausanne, Bienne, Berne, ou encore Zurich et Winterthour.

Une diminution globale

Pour la première fois en 10 ans, le nombre de bénéficiaires a diminué en Suisse (-1,1%). Si Lausanne affiche, avec Bienne, un taux d’aide sociale parmi le plus élevé des 14 villes suisses, elle connaît la baisse la plus significative, passant de 8,7% en 2017 à 7,8% en 2018. Le risque de dépendre de cette aide varie sensiblement selon les types de bénéficiaires. Les familles monoparentales ou avec plusieurs enfants et les personnes sans qualification professionnelle sont spécialement exposées.

L’analyse par classes d’âges montre une tendance positive (voir graphique). Les 18-25 ans connaissent la baisse la plus marquée, passant de 11,1% en 2017 à 8,4% en 2018. Cela grâce à des mesures de formation ou d’insertion de transition donnant accès aux bourses cantonales.

Si la catégorie des plus de 46 ans est en constante augmentation dans les autres villes suisses, elle baisse à Lausanne, en particulier pour la tranche des 56-64 ans (de 9,3% en 2012 à 8,1% en 2018). L’introduction de la rente-pont en 2011 pour les chômeurs de longue durée et proches de la retraite, a amorcé une baisse dès l’année suivante de 1,2%, alors qu’il augmentait au niveau Suisse, passant de 3,3% à 4,8%.

Du côté des 46-55 ans, le taux reste stable en 2018 alors qu’il augmente au niveau suisse (+0,6%). Cette catégorie cumule plusieurs risques: formation professionnelle inexistante ou mal adaptée, accès plus difficile au marché du travail, émergence de problèmes de santé, fin de droit chômage, refus d’une rente de l’assurance invalidité.

Une baisse, des facteurs

Ces résultats positifs sont la conséquence de plusieurs facteurs. Au premier chef, la bonne santé économique de la région lémanique dont le taux de chômage a baissé de plus de 5% depuis 2015, pour se situer à environ 4,5%.

La politique sociale active du canton déploie également ses effets. Outre les mesures en faveur des jeunes adultes et les rentes-pont, la mise en place des prestations complémentaires pour famille décharge durablement l’aide sociale.

Innover pour mieux aider

A côté de ces aides, Lausanne a fait oeuvre de pionnière pour accélérer le retour dans le monde du travail des bénéficiaires du RI. L’Unité commune ORP/CSR réunit, depuis 2017, sous un même toit, conseillers en placement et assistants sociaux. Là, le retour à l’emploi a augmenté de 9,2%.

«Nous avons cherché à améliorer la prise en charge des quelque 1600 bénéficiaires en offrant une palette élargie d’outils et de compétences. Nous leur permettons de retrouver plus rapidement un emploi durable… et donc des perspectives d’avenir», résume Judith Bovay. Résultat: à l’automne 2018, décision est prise de généraliser les unités communes dans le canton.

Y. Rod