Culture

Lausanne: une histoire d’eau méconnue

L’exposition Franchir la Berge s’intéresse au rapport entre le bâti et les rives. Car la proximité d’un pland’eau influe sur la construction et le devenir d’une cité. Un film documentairedu Service d’architecture de la Ville retrace les liens étroits entre Lausanne et le Léman. Aperçus.

Les spécialistes interrogés en conviennent: le Léman a déterminé l’histoire et le destin de Lousonna à la Lausanne actuelle. «Sans lac, la ville aurait perdu sa substance!», déclare Matthieu Jaccard, architecte et historien de l’art. «Sans lac, les Romains ne se seraient pas établis là», confirme Laurent Flutsch, historien et directeur du Musée romain de Lausanne-Vidy:

«A l’époque, les marchandises arrivaient par bateau depuis la Méditerranée jusqu’à Lousonna. Elles prenaient ensuite la route jusqu’à Yverdon pour embarquer à nouveau à destination de Mayence. L’emplacement clé de Lousonna a assuré son essor.»

Il faut attendre jusqu’au 18e siècle pour que l’homme relève et apprécie la beauté des paysages. «Chose curieuse, les gravures ne montrent pas Lausanne, mais ce que l’on voit depuis cette ville: le lac et les lointains», précise Claude Reichler, professeur honoraire de l’Université de Lausanne et spécialiste du paysage.

L’invention du paysage

Les débuts du tourisme perpétuent cet angle. Les premières affiches vantent la situation lacustre, presque balnéaire de la capitale vaudoise. Pour Nadja Maillard, «L’invention du paysage» la «mythologisation» de la vue justifient l’érection du Beau Rivage Palace à Ouchy: le lieu possédait une vraie qualité paysagère», indique l’anthropologue et historienne de l’architecture à l’EPFL. Un choix compréhensible. En effet, «Lausanne doit au lac ses couleurs, ses saisons, son panorama, son grand paysage!», selon l’architecte et cheffe du Service d’architecture de la Ville, Nicole Christe.

Néanmoins, ce Léman a vu une partie de sa surface se transformer en terre ferme pour Expo 64. «Une telle conquête sur l’eau ne serait plus possible aujourd’hui, et c’est tant mieux!», note Manuel Bieler, architecte et co-président de la FAS Romandie. Dès lors, il souhaiterait que la population jouisse de cette surface unique, réduite actuellement à un parking.

Des images d’archives rares illustrent les interviews. Par ailleurs, des travaux de diplôme d’architectes EPFL envisagent de nouvelles façons si ce n’est de franchir la berge lausannoise, tout au moins de l’aborder et de mieux vivre à ses côtés.

G. Montangero

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