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«Nous avons des astreints qui ne veulent plus s’arrêter»

La protection civile n’a jamais été aussi sollicitée depuis 1945. Environ 1300 hommes sont mobilisés dans l’agglomération lausannoise, astreints à des tâches inhabituelles et parfois en première ligne contre le Covid-19. Entrevue avec le nouveau commandant de la PCi du district de Lausanne, le lieutenant-colonel Yves Sigwalt.

© LDD
Le lieutenant-colonel Yves Sigwalt

Le 13 mars, le Conseil d’Etat vaudois a décidé de mobiliser la protection civile (PCi). Celle-ci est normalement divisée en organisations régionales, les ORPC. L’une d’elles, couvrant Lausanne et les communes du district, est rattachée au Service de protection et sauvetage de la Ville (SPSL). Mais depuis le 14 mars, les ORPC vaudoises ont été réorganisées en quatre régions. L’une d’elle regroupe Lausanne-District et la Région Ouest-Lausanne.

Cette PCi «Région Centre» compte près de 2000 hommes, dont environ 1300 astreints ayant fait service à ce jour. Depuis le début de l’engagement, elle s’est vue attribuer plus de 100 missions, qui peuvent durer quelques heures ou représentent des prestations permanentes, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Parmi ces missions, on peut citer l’information à la population dans les marchés lausannois (la première semaine), l’appui à l’accueil des sans-abris, le soutien aux établissements hospitaliers et aux Etablissements médicaux-sociaux (EMS), la distribution de matériel de protection et diverses autres tâches  logistiques, de ravitaillement, de transport.

Le lieutenant-colonel Yves Sigwalt commande l’ORPC Lausanne-District depuis le 1er avril.

Vous avez de nombreuses missions inhabituelles, comment faites-vous face?

Yves Sigwalt: Je dirais que cela nous a pris 15 jours pour trouver notre rythme, adapter notre fonctionnement. Ce qui me paraît normal, au vu de cette situation extraordinaire, de l’importance et de la durée de l’engagement, des effectifs mobilisés. Nous avons dû orienter nos astreints en respectant les consignes de sécurité, par petits groupes. Nous tournons avec 250 à 300 personnes par semaine, les astreints se relaient en tournus d’une à deux semaines.

La PCi n’est pas une structure à réaction d’urgence, sa raison d’être réside dans sa capacité à agir dans la durée avec des effectifs de masse. C’est là qu’elle se montre apte à répondre aux attentes actuelles.

Y avait-il des craintes chez vos miliciens?

Oui, mais une fois que ces appréhensions ont pu être dissipées, ils se sont montrés motivés, engagés dans la lutte contre cet ennemi invisible. J’ai des personnes qui ont demandé à continuer au-delà de leur période de deux semaines. Certaines vont même terminer leur sixième semaine consécutive. Pour ces miliciens, entrainés depuis des années, c’est aussi une occasion de montrer leurs compétences. Et de les élargir: ce qui est nouveau, c’est la participation aux soins. Nous avons l’habitude de collaborer avec les hôpitaux ou les EMS, mais plutôt dans des tâches d’accueil et d’accompagnement.

Avez-vous eu des personnes contaminées?

Sur 1300 engagés, nous avons la chance d’avoir eu seulement deux cas Covid-positifs. Nous sommes très attentifs en cas de suspicion, nous utilisons le Coronacheck pour le dépistage.

Comment préparez-vous la suite, le déconfinement?

Le challenge, c’est de durer jusqu’à fin juin, selon les projections. Jusqu’ici le nombre d’astreints a correspondu à nos besoins, mais si l’économie redémarre, le patronat va réclamer ses employés. Or notre travail ne va pas diminuer, ou seulement très progressivement.

AM

© SSCM/Julie Masson

Des miliciens sont en première ligne auprès des malades.