«Je voterais avec plaisir si…»

BORDE - Hors de leur foyer, surveillant leurs enfants du coin de l’oeil, quelques mamans du quartier de la Borde échangent leurs impressions sur les élections communales.

© BLI
Fatma Chebel

Qui n’est pas du quartier ne pourrait imaginer que la vie sociale de la Borde se cache derrière les immeubles bordant cette «route» en pleine ville. Plus précisément, les rencontres ont lieu dans de petits parcs où des femmes de différentes origines se retrouvent et discutent entre elles, tout en jetant un oeil sur leurs enfants occupés à jouer.

Ce jour-là, j’ai orienté la discussion sur le sujet de l’élection communale et le droit de vote pour les étrangers. Avec une seule question:

«Mesdames, parmi vous, qui vote?»

Dalila, femme au foyer 38 ans: «Je suis tunisienne et j’exerce mon droit de vote présidentiel et législatif dans mon pays d’origine. Ici, en Suisse, j’ignorais que c’était un droit, après presque sept ans passés à Lausanne. Il n’y a personne qui se mobilise pour nous faire connaître nos droits en tant qu’étrangères et étrangers. Et pourtant, j’aimerais bien exercer mes droits en tant que citoyenne lausannoise.»

Fatou, 39 ans: «Mais ça sert à quoi de voter? Nous sommes considérés comme des moutons noirs et l’étranger est tout le temps pris pour cible quand il s’agit de gagner plus de voix. «Stopper l’immigration», «pour le renvoi des étrangers», que n’entend-on pas, malgré le fait que la plupart d’entre nous sommes des universitaires avec des qualifications? Nous pourrions jouer un rôle très important ici dans la société. Personnellement je ne vote pas».

«Si, dans le futur, on nous considère comme de vraies citoyennes, je voterai et avec plaisir.»

Sophia, 40 ans, femme au foyer: «Personnellement, c’est mon niveau de langue française qui est faible. C’est le rôle de mes enfants de me traduire le contenu et la manière de voter. Si ça me convient, je vote, sinon c’est l’abstention.»

Yasmina, 55 ans, femme au foyer: «Je ne vote pas à cause de mon faible niveau de français. Je n’arrive pas à bien comprendre le contenu et pour qui je dois voter. Il n’y a personne qui se déplace dans notre quartier pour nous expliquer les objets de votation ou pour nous faire prendre connaissance des candidats et des projets. Des votations communales, je ne connais que les photos d’inconnus sur des panneaux.»

Raja, 29 ans, étudiante: «Il y a deux ou trois ans, on recevait les bulletins de vote, mais l’année dernière et cette année on n’a rien reçu, je ne sais pas pourquoi. Avant je votais, et avec amour.»

Fatma Chebel

Fatma Chebel

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