Intégration

«Un fort sentiment d’attachement»

Le Bureau lausannois pour les immigrés (BLI) fête ses 50 ans. A cette occasion, il publie Lausanne, une ville, un monde, 50 incursions au fil de la diversité, un livre qui parcourt les lieux symboliques de l’intégration. Extraits de l’introduction.

En 40 ans, la proportion de la population lausannoise sans passeport suisse est passée de 23 à 42%. Un chiffre spectaculaire, qui fait de Lausanne une grande ville d’immigration, avec une situation comparable à celle de New York ou de Bruxelles, à une échelle moindre.

Même si l’on recense plus de 160 nationalités à Lausanne, 70% des personnes étrangères viennent de l’Union européenne. Cette population a fortement augmenté suite à l’accord sur la libre circulation des personnes en 2002, supplantant parfois d’autres flux migratoires liés au marché du travail, notamment en provenance d’ex-Yougoslavie.

Une part croissante de la population ne peut plus être définie comme appartenant aux simples catégories «Suisse» ou «étranger». Les statisticiens parlent de «personnes issues de la migration». Ce groupe comprend les personnes dont au moins un des parents est né à l’étranger. Environ 60% de la population lausannoise correspond à ces critères. Avec cela, il faut encore considérer les binationaux: près de 20% des Suissesses et des Suisses habitant à Lausanne possèdent un autre passeport.

Durée variable

Près de la moitié des personnes immigrées restent moins de cinq ans à Lausanne. Les personnes venues d’Inde ou des États-Unis se révèlent ainsi être parmi les nationalités qui s’établissent le moins longtemps. Au contraire des personnes venues d’Éthiopie ou du Kosovo, dont la plupart s’installent de façon durable.

Ce sont souvent les personnes des pays les plus proches qui se fixent le moins. «Elles y retournent régulièrement, y possèdent une maison secondaire et envisagent constamment leur retour», observe Philippe Wanner, professeur en démographie à l’Université de Genève.

Identités et appartenance

«Il ne faut surtout pas voir l’identité comme quelque chose de figé qui serait directement importé du pays d’origine et qui se diluerait dans le pays d’accueil avec le temps», tranche Etienne Piguet, professeur de géographie humaine à l’Université de Neuchâtel. Les identités évoluent et se construisent différemment selon les trajectoires des individus, leur investissement dans une certaine conscience ou mémoire collective.

Dans une récente étude, Philippe Wanner a analysé le sentiment

d’appartenance à la Suisse auprès d’un panel de personnes issues de la migration. La majorité d’entre elles déclarent avoir un sentiment d’attachement et d’appartenance élevé, voire très élevé, à la Suisse. Ce sont les personnes originaires d’un pays hors de l’Union européenne, en particulier celles en provenance d’Afrique, qui présentent le plus fort sentiment d’attachement. «Pour la majorité des immigrés, le séjour en Suisse est désiré et fait partie d’un projet de vie», explique Philippe Wanner.

Seul bémol relevé par l’enquête: les personnes d’origine africaine ou latino-américaine sont nombreuses à ressentir de la discrimination, dans la rue, à l’embauche ou lors de la recherche d’un logement. «Ces phénomènes sont avérés par plusieurs études, souligne Etienne Piguet. Cela représente un défi pour le vivre ensemble et un risque de marginalisation de certaines populations.»

Un rajeunissement

Les populations étrangères sont réparties dans tous les quartiers, même si elles sont plus nombreuses à l’ouest qu’à l’est de la ville. «Contrairement à ce qui se passe dans d’autres villes européennes, nous ne connaissons pas de phénomène de ghettoïsation, relève Etienne Piguet. Mais nous devons tout de même veiller à ce que certains quartiers à très forte présence migratoire restent attractifs.»

«Sans l’apport de l’immigration, la population serait beaucoup plus vieillissante», explique Philippe Wanner. De façon générale, il est très difficile de quantifier l’apport global de l’immigration pour une ville, tant il est hétérogène. Mais des comparaisons internationales indiquent que les villes à fort taux d’immigration sont plus dynamiques au niveau économique et culturel que les autres.

G. Ruiz