Patrimoine

Comment les bâtiments lausannois sont notés

Le recensement des bâtiments, entamé dans les années 1970, est en voie d’être complété. Des personnes mandatées sillonnent des quartiers sélectionnés. Leurs observations permettent d’attribuer aux bâtiments et autres objets des notes de 1 à 7. Entretien avec Martine Jaquet, déléguée communale à la protection du patrimoine.

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Martine Jaquet

A quoi servent ces notes?
Martine Jaquet: Elles permettent de qualifier l’intérêt des objets, mais ce n’est pas encore une protection. La note 1 est attribuée aux monuments d’importance nationale, comme à Lausanne la Cathédrale, le Château, l’église Saint-François, la Tour Bel Air ou encore le siège de la Vaudoise assurance à la place de Milan, œuvre de l’architecte Jean Tschumi. La note 2 signifie une importance régionale, la note 3 un intérêt local, la note 4 indique que l’objet est «bien intégré» et participe à l’identité d’un lieu. Ce travail  de recensement est de compétence cantonale, en collaboration avec les communes.

A Lausanne, on est encore assez loin d’avoir tout recensé, il reste de nombreuses zones grises sur nos cartes. Ce complément de recensement a débuté en 2020, à la fois pour augmenter le nombre de bâtiments notés et pour nous assurer que des notes déjà attribuées sont toujours pertinentes. Sa base légale devrait être précisée dans la nouvelle loi sur la protection des monuments et des sites, en cours de révision au Grand conseil vaudois.

© Ville de Lausanne / Etat de Vaud / swisstopo / Openstreetmap

Un recensement est en cours dans ces deux secteurs de part et d’autre de l’avenue Victor-Ruffy. Seuls quelques objets avaient déjà été évalués.

Où en est le recensement en cours?
Nous avons identifié des périmètres prioritaires sur la base de l’inventaire fédéral (ISOS) réalisé en 2015. Ces périmètres, que vous pouvez voir sur notre guichet cartographique en ligne, sont en cours d’examen. Les notes devraient être publiées au début de l’été. En même temps, de nouveaux mandats ont été attribués par le canton début 2021, d’autres suivront d’ici la fin de l’année. Tout cela avance petit à petit, la démarche n’est pas limitée dans le temps.

Rêveriez-vous de tout recenser et de protéger davantage?
Oui, je rêverais qu’un recenseur passe partout. Mais c’est un rêve de connaissance, pas une envie de tout mettre sous cloche. Il est vrai que presque chaque objet bâti présente un intérêt historique, néanmoins on peut faire disparaitre certaines choses.

La sensibilité au patrimoine a évolué. Il y a 40 ans, on n’imaginait pas attribuer une note à une usine. À Lausanne, on a démoli des immeubles de style Art nouveau qu’on trouvait «moches». D’autres villes ont mis en oeuvre des protections par sites; à Lausanne, où le patrimoine est moins cohérent qu’ailleurs, nous n’avons pas de grande zone protégée.

Comment opèrent les personnes qui recensent?
Des historiennes et des historiens de l’art ainsi que des architectes sont mandatés par le canton. Une petite dizaine de personnes opèrent actuellement, elles observent, prennent des photos, complètent leur travail par la consultation de documents d’archives (plans, photographies, etc.), identifient les transformations importantes, puis rédigent des fiches de recensement.

Ensuite, nous avons une commission qui réunit des spécialistes de la conservation du patrimoine du canton et de la Ville afin d’examiner ces fiches et valider les notes. Ces propositions de notes sont ensuite soumises à la Municipalité, qui les entérine.

Qu’est-ce que ça implique pour les propriétaires?
Nous les informons, mais ils ne sont pas avertis du jour de la visite, puisque celle-ci reste sur le domaine public. Il n’y a pas de visites à l’intérieur, ou tout au plus dans la cage d’escalier. Puis les propriétaires peuvent consulter les fiches de recensement sur le site du canton.

Il y a parfois une crainte qu’une note puisse les empêcher de faire ce qu’ils ou elles veulent, ou qu’on les oblige à faire des choses qui leur coûteraient cher. Je réponds qu’il y a une responsabilité culturelle par rapport à la collectivité, et que ces notes peuvent aussi leur bénéficier comme une reconnaissance de qualité et de valeur de leurobjet et du soin qu’ils apportent à son maintien.

Le guichet cartographique: https://map.lausanne.ch

Propos recueillis par AM