Portrait

«Il faut dépasser ses limites»

Seule forestière bûcheronne parmi une vingtaine d’hommes, Aurore Guignard, 31 ans, se dit passionnée par son métier et fascinée par la forêt. Le métier est dur physiquement, mais c’est surtout une affaire «de mental».

© Marino Trotta – Ville de Lausanne

«Je me sens mieux au milieu des arbres et des animaux.»

Avec ses zones foraines, la commune de Lausanne est l’un des plus grands propriétaires forestiers du canton. Ses forêts sont entretenues par le Service des parcs et domaines, où Aurore Guignard a rejoint l’équipe depuis cinq ans. Mais ça fera bientôt 15 ans qu’elle a débuté dans le métier.

Pendant son enfance dans la région lausannoise, elle adorait être dehors, construire des cabanes. Adolescente, elle se voyait plutôt devenir menuisière. C’est un stage en forêt qui lui a révélé sa vocation: «Je ne suis pas faite pour être en ville, je me sens mieux au milieu des arbres et des animaux, y compris les insectes.» C’est pourquoi elle n’envisage pas de devenir garde-forestière, parce que ce serait davantage un travail de bureau. Si elle reprend une formation, ce sera plutôt pour un brevet de contremaître.Ce qui la fascine aussi, c’est d’observer depuis 15 ans comment la forêt évolue. «On voit les effets du réchauffement climatique. Les hêtres et les résineux sèchent, l’épicéa attrape de plus en plus de bostryches. Le chêne ressort de plus en plus, il aime le chaud et supporte la sècheresse.»

Une pionnière

Physiquement, reconnait-elle, exercer ce métier n’est pas facile. «Mais c’est aussi le mental. C’est ce qui permet de dépasser ses limites quand on est très fatiguée.» Le mental lui a aussi permis de surmonter les difficultés à se faire accepter dans un monde d’hommes, surtout pendant sa formation. «Au début, il fallait faire sa place, bosser trois fois plus, montrer qu’on est aussi capable qu’eux. On n’est pas beaucoup en forêt, on doit se faire une réputation. Après, avec les années, on est acceptée, et finalement tout va bien maintenant. Il fallait des pionnières, pourvu que d’autres jeunes femmes suivent mon exemple!»

Accepter le danger

Pourtant, admet-elle pendant sa pause en se mettant à l’abri du vent, c’est «un des métiers les plus dangereux du monde. Heureusement que nous faisons des exercices régulièrement pour revoir les premiers gestes pour s’occuper d’un blessé.» A elle, il ne lui est jamais rien arrivé de grave. «On connait les risques et on sait qu’on doit faire attention.»

AM