Portrait

«Le monde des livres me parle»

Quand vous empruntez des livres dans les six bibliothèques municipales, il y a de bonnes chances qu’ils soient passés entre ses mains. Monique de Riedmatten, veille sur leurs reliures depuis 1991.

© Mathilde Imesch – Ville de Lausanne

Monique de Riedmatten effectuant une reliure en dos collé.

L’atelier de reliure du Service des bibliothèques et archives (BAVL) ne fait pas que relier. Il fait du cartonnage, de la menuiserie, de la peinture… «On essaie de résoudre tous les problèmes», sourit sa responsable, Monique de Riedmatten.

Il reste que son équipe de deux à trois personnes manipule au moins 30’000 livres par an. Il s’agit de les renforcer, les réparer, de préparer ceux-ci à leur mise en circulation. Un métier qui reste artisanal: même s’il a beaucoup évolué en 30 ans, même si on découd et recoud moins les ouvrages, rien n’est automatisé.  

Bricoleuse, elle a mis au point ou adapté des petites machines pour faciliter les reliures, mais au final, il y a toujours un travail manuel. Ses matériaux, ce sont la colle, le papier, le carton, les toiles. Pas de cuir? «On n’en utilise plus. On vise le solide plutôt que l’esthétique.»

C’est là, ajoute-t-elle, «qu’on s’éloigne des bases traditionnelles du métier.» La reliure de bibliothèque n’est pas à vocation patrimoniale ou artistique. Monique de Riedmatten avait dû compléter ailleurs son apprentissage effectué à la Ville entre 1981 et 1985. Puis elle est revenue aux BAVL en 1991. Depuis, la plupart des livres des bibliothèques municipales sont passés par ses mains ou sous sa supervision.

Du respect pour le savoir

Ce qu’elle aime dans son travail, c’est d’abord «le fait d’avoir des livres partout. D’imaginer ce qu’ils contiennent. C’est un univers qui remplit ma vie, même s’il y a de la frustration de ne guère pouvoir lire.» Elle aime le concret, pas trop le virtuel. Son métier, dit-elle, manifeste «un respect au savoir, au passé, à la création, aux histoires de vie.» Elle est convaincue que le livre imprimé est plus fiable pour la transmission que le numérique.

Est-il frustrant d’exercer un métier de l’ombre? «A titre personnel, non. Mais s’il y avait une meilleure connaissance de ces métiers, il y aurait plus de respect pour les objets, dans notre rapport à la consommation.» Avec les bornes automatisées qui permettent maintenant de rendre les livres sans les remettre à quelqu’un, relève-t-elle, il y a un risque d’érosion de ce respect. C’est pourquoi elle est ravie qu’on mette un peu son travail en lumière, afin que cela puisse contribuer à une meilleure considération des livres.

AM