Bruno Pellegrino commente ses livres

L’écrivain a publié trois romans ainsi qu’une nouvelle, un livre pour la jeunesse et plusieurs ouvrages collectifs, dont la série Stand-By. Il raconte leur genèse et leur importance pour lui, en commençant par ses romans, qu’il estime les plus représentatifs de sa personnalité littéraire.

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Comme Atlas (Tind, 2015 et Zoé, 2018)

Comme Atlas (Tind, 2015 et Zoé, 2018)

«Dans la première phrase de mon premier livre, quelque chose prend fin. Le protagoniste part pour un séjour à Madagascar, où il ne voit rien, ne comprend rien, doit établir le constat de son inutilité. Puis il rentre auprès de la personne qu’il avait quittée, et les deux entreprennent ensemble un voyage en Asie, histoire de vérifier sur le terrain que leur amour a bel et bien vécu. De Moscou à Tokyo, l’incompréhension change de forme, mais demeure. Mon projet était d’observer, par le biais des paysages traversés – les villes, les chambres et les lumières –, comment s’achève quelque chose d’aussi immense que la longue relation qui peut lier deux individus. Il n’a jamais été question d’écrire un récit de voyage, même si les déplacements dictent au livre sa structure en deux parties, intitulées respectivement «Sud» et «Est». Au sud de quoi, à l’est de quoi? Écrire cette histoire m’a permis de cerner ce qui me constitue, mes biais, mes références, mes ouvertures et mes limites. Je sais mieux, désormais, d’où je parle. Si ce texte a pu devenir mon premier livre publié, c’est aussi qu’il s’agissait d’une commande. À l’époque, je travaillais depuis des années à un tout autre roman, dont je ne parvenais pas à faire façon. L’écriture d’Atlas, fouettée par les délais, m’a aidé à mettre de côté cet autre roman, qui à ce jour attend encore son heure (je n’ai pas lâché l’affaire).»

 

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Là-bas, août est un mois d’automne (Zoé, 2018)

Là-bas, août est un mois d’automne (Zoé, 2018)

«Le roman que j’ai tenté d’écrire, en vain, pendant des années (et qui attend encore son heure), racontait notamment le tournage d’un film dans une grande maison à la campagne. Lorsque j’ai découvert Gustave Roud, à l’occasion d’un cours de littérature à l’université, je n’ai rien vu venir. Ses photographies m’ont intrigué, très vite ému – je reconnaissais les paysages, proches de ceux de mon enfance, mais pas les corps. Tout de suite, j’ai senti à la fois la distance et la proximité qui ont depuis caractérisé la relation que j’entretiens avec cet homme étrange qui ne me connaît pas. Quand j’ai appris que ce Gustave avait une sœur, Madeleine, mon intérêt s’est changé en fascination. J’ai entrepris des recherches plus approfondies, j’ai imaginé un livre qui s’ouvrirait sur le mot «temps» et se refermerait sur le mot «lumière», avec entre les deux une sœur, un frère, une grande maison à la campagne, beaucoup de fleurs, toute une époque révolue. Et bien sûr, je placerais au centre du roman l’épisode où une équipe de télévision débarque dans la maison pour y tourner un film.»

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Dans la ville provisoire (Zoé, 2021)

Dans la ville provisoire (Zoé, 2021)

«Pour écrire ce troisième livre, le plus court, il m’a fallu encore davantage de temps que pour les deux précédents (six ans, contre trois pour Atlas et cinq pour Là-bas). Les difficultés étaient multiples: parler, sans la nommer et sans tomber dans les clichés, d’une ville qui ressemble beaucoup à Venise ; restituer la relation qui se noue entre le narrateur, un jeune homme solitaire, et une traductrice absente dont il a la charge de trier les papiers ; évoquer, en leur donnant tout leur poids, les gestes et les lumières qui font une journée et, à la fin, des vies entières. Si mes deux premiers livres étaient dotés d’une structure très solide – faire des plans est sans doute l’étape de l’écriture que je préfère –, pour celui-ci j’ai dû naviguer à vue, oser m’égarer, faire confiance à mon intuition. Mais à la fin, il me semble que je raconte toujours la même histoire, que je pose du moins toujours la même question: comment les choses immenses prennent-elles fin?»

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Électrocuter une éléphante (Paulette, 2017)

Électrocuter une éléphante (Paulette, 2017)

«L’écriture de cette nouvelle s’est imposée à moi: il s’agissait modestement, mais de toute urgence, de terminer ce que Jean Echenoz avait laissé en plan. Alors que j’étais lancé dans l’écriture de Là-bas, août est un mois d’automne, j’ai lu Des éclairs. Dans ce roman, Echenoz parle à un moment des exécutions d’animaux qui ont eu lieu en pleine rue, à New York, au début du XXe siècle. Il dit qu’on est allé jusqu’à électrocuter une éléphante, prénommée Topsy, et puis le chapitre se termine et il passe à autre chose. J’ai posé le roman – celui d’Echenoz, que je lisais, et celui que j’étais en train d’écrire – pour rassembler tout ce que je trouvais au sujet de cette éléphante, de sa capture en Asie du Sud-Est dans le dernier tiers du XIXe siècle, jusqu’à son électrocution publique à Coney Island, un jour de janvier 1903.»

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Les Mystères de la peur (La Joie de Lire, 2019)

Les Mystères de la peur (La Joie de Lire, 2019)

«Lorsque La Joie de lire, magnifique maison d’édition pour la jeunesse, m’a invité à écrire un texte pour l’une de leurs collections, je n’ai presque pas hésité. Il s’agissait de traiter des émotions, et j’ai immédiatement pensé à la peur, que j’associe, je ne sais pas trop pourquoi, à l’enfance. Dans un premier temps, ce projet m’a servi de prétexte pour me replonger dans certains livres que j’avais adorés à l’époque – qui n’ont malheureusement pas tous bien vieilli. L’une des contraintes de la collection, intitulée «Les Mystères de la connaissance», était de rencontrer des spécialistes de disciplines aussi diverses que la biologie, la psychologie sociale, les neurosciences ou la littérature, afin d’intégrer ces perspectives à une fiction. J’ai imaginé le personnage de Lou, qui n’a jamais ressenti la peur. Il a ensuite fallu écrire, et ce dont je me doutais s’est confirmé: écrire pour la jeunesse, ça n’existe pas – ce n’est pas plus simple ni plus difficile qu’écrire pour la vieillesse, il s’agit d’écrire, c’est tout.»

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Vivre près des tilleuls (Flammarion, 2016)

Vivre près des tilleuls (Flammarion, 2016)

«Pour parler de ce livre, il faut parler du collectif AJAR. Depuis que j’ai participé à sa création en janvier 2012, l’AJAR a très concrètement changé ma vie. Avant elle, je travaillais en solo, dans mon coin, à un impossible roman qui, à ce jour, attend encore son heure. Et puis j’ai rencontré ces autres gens de mon âge, qui écrivaient en solo, dans leur coin, et on s’est mis à faire ça en groupe. Les projets ont tout de suite pris des formes multiples: lectures publiques, performances, micro-édition, ateliers d’écriture, résidences et voyages à l’étranger, j’en passe. C’est dans le cadre d’une exposition à Québec, en 2014, que nous avons créé le personnage d’Esther Montandon (1923-1998), écrivaine romande de premier ordre, et composé ensemble le livre qu’elle n’a pas écrit après la mort de sa fille. Une éditrice de chez Flammarion a eu vent du projet, et sa publication en France a donné au collectif un sacré coup de projecteur.»

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Stand-by (Zoé, 2018-2019)

Stand-by (Zoé, 2018-2019)

«Ce projet a démarré comme une sorte de défi que Caroline Coutau, mon éditrice chez Zoé, nous a lancé un jour, à Aude Seigne, Daniel Vuataz et moi. Ce devait être en 2016. Chaque fois qu’on se voyait les quatre, on parlait de séries télévisées. Caroline nous a demandé ce qui nous excitait dans ce type de narration – le rythme, la durée, la richesse des thématiques abordées, l’absence de fin – et nous a proposé de voir ce que ça donnerait d’explorer ces choses sous forme romanesque. Ça a donné les deux saisons de cette «série littéraire» écrite collectivement, qui démarre sur l’éruption d’un gigantesque volcan dans la baie de Naples, pour suivre les conséquences de cette catastrophe sur des personnages disséminés entre la France, le Monténégro et le Groenland. Aude, Daniel et moi avons tellement aimé travailler ensemble qu’on remet ça en ce moment, sur un projet qui verra le jour au printemps 2022.»

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