Culture

Les connexions numériques explosent,
les bibliothèques restent des lieux prisés

Pendant la pandémie Covid-19, les connexions au site internet des bibliothèques de la Ville ont atteint la saturation. Néanmoins, le numérique a des limites et les bibliothèques ont pour vocation de rassembler. Rencontre avec Nadia Roch, cheffe du Service des bibliothèques et archives, et Marylène Chevallay, déléguée à la médiation culturelle.

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Nadia Roch, cheffe du Service des bibliothèques et archives.
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Marylène Chevallay, déléguée à la médiation culturelle.

Sur le site des bibliothèques de la Ville, on accède depuis quelques années à des offres alléchantes. A des formations en ligne, à la presse, à une pléthore d’e-books. Pendant la pandémie, la consultation de ces pages a fortement augmenté. Entre le 13 mars et le 21 avril, le nombre de pages vues sur e-Bibliomedia a bondi de 173%. Sur PressReader, le trafic a augmenté 44%.

Est-ce le signe d’un basculement des bibliothèques vers une utilisation principalement numérique? Non. «Le commentaire le plus fréquent que nous avons entendu depuis la réouverture, le 11 mai, c’est: je ne savais pas à quel point il était important pour moi de venir à la bibliothèque», sourit Marylène Chevallay. Un autre signe, c’est que les livraisons gratuites de livres à domicile, service créé début avril, ont d’abord suscité pas mal de commandes, mais celles-ci ont diminué en mai. Ce service a pris fin vendredi 29.

La réouverture des six bibliothèques municipales n’est pas achevée. On peut à nouveau emprunter et rendre des livres, mais on n’a pas accès aux ordinateurs et à la salle de lecture. Ce devrait être le cas la semaine prochaine. Le coin presse, lui, est à nouveau ouvert depuis ce lundi 8 juin.

La fermeture soudaine, en mars, a pris les bibliothèques de court. «Dans l’urgence, nous avons tenté des expériences de médiation virtuelle, précise encore Marylène Chevallay.

Les clubs lecture ont très bien fonctionné à distance, parce qu’ils étaient constitué de groupes soudés, de personnes qui se retrouvaient en manque de lien social. Les cafés-conversation en français, par contre, moins. Nous n’étions pas préparé·e·s pour des animations virtuelles. Désormais nous allons toujours nous poser la question.»

Le rôle des bibliothèques

Ce que la crise illustre, c’est à quel point le rôle des bibliothèques a évolué. Elles sont devenues un lieu de vie sociale dans les quartiers, un lieu gratuit d’accès à divers services, un lieu pour lire ou travailler. «Notre but est de développer ce troisième lieu, indique Nadia Roch. Après le chez soi et le lieu de travail.»

«Notre but ultime est-il de faire lire? Pas forcément», renchérit Marylène Chevallay. La plupart des animations ne sont pas directement reliées à la lecture. On y trouve des ateliers de recherche d’emploi ou de logement, des ateliers créatifs pour les seniors, des cafés-conversation en français, des lectures d’histoires en langues étrangères. Et dans l’offre en ligne, ce qui progresse le plus depuis des années, ce ne sont pas les livres numériques, ce sont les formations en ligne: toutapprendre.com a progressé de 62% en 2019.

Il n’en demeure pas moins que les emprunts de livres augmentent aussi chaque année. On reste attaché au livre imprimé. C’est l’été, au moment des vacances, que les emprunts de livres numériques connaissent leurs pics: souvent ce sont les mêmes personnes qui les empruntent sur papier le reste du temps.

Le numérique est une chance, soulignent les deux bibliothécaires. «On ne va pas se priver de ce nouveau monde d’édition et de création. Il y a maintenant des livres qu’on ne trouve qu’en version numérique», souligne Marylène Chevallay. «La catégorie de population que nous avons du mal à garder, ce sont les 13-30 ans, souligne Nadia Roch. Ce sont eux que nous voulons attirer.»

Les bibliothèques sont devenues des lieux privilégiés de sensibilisation au numérique, mais des lieux vivants. «Nous allons d’abord pérenniser ce que nous avons mis en place. Cet automne, nous allons poursuivre sur notre lancée avec le thème de l’année, qui tombait bien: l’inclusion numérique. Tout est déjà pensé pour respecter les distances et les mesures d’hygiène», conclut Marylène Chevallay.

AM

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La reprise des cafés numériques séniors, une animation phare, est encore incertaine.