Culture

«Nous en profitons pour faire des choses inhabituelles»

Dès septembre et pendant deux ans, le Théâtre de Vidy-Lausanne va être partiellement fermé pour d’importants travaux de rénovation. Quelles conséquences pour le public? Rencontre avec Vincent Baudriller, son directeur depuis sept ans.

© Samuel Rubio

Vincent Baudriller

Dessiné par l'architecte Max Bill pour l'Expo 64, le Théâtre Vidy-Lausanne avait à l’origine une vocation éphémère. Il ne répond plus aujourd'hui aux normes techniques et de sécurité en vigueur. Dans sa plus grande salle, la salle Charles Apothéloz, il manque une vraie régie pour le personnel technique, la cage de scène n’est pas symétrique et les artistes ont besoin d’une vraie salle de répétition.

En avril, le Conseil communal a accepté le crédit de 27,5 millions pour ces travaux. Ceux-ci permettront, entre autres, de remplacer le grill en bois et les passerelles techniques, d’installer des perches motorisées, de déplacer des loges à l'étage, de créer une salle de répétition à la mesure de la grande salle, d’installer une toiture végétalisée et des panneaux photovoltaïques, de rendre l’ensemble des espaces rénovés accessibles aux personnes à mobilité réduite.

Après des mois de confinement, deux ans de travaux, ça va paraître long?

Vincent Baudriller: Oui, mais c’est nécessaire. Grâce au Centre dramatique romand, à Matthias Langhoff ou René Gonzalez, Vidy est devenu un des grands théâtres de création en Europe, connu dans le monde entier. Mais dès mon arrivée, je me suis rendu compte de l’état du bâtiment et de sa dangerosité. Il était urgent de rénover. Nous avons commencé par transformer la cuisine et le foyer, puis nous avons installé le pavillon en bois comme vraie deuxième salle. Nous débutons la phase trois le 1er septembre.

Quel sera le gain pour le public?

La salle Apothéloz va passer de 365 à 440 places. Et en disposant d’une bonne salle de répétition, en n’ayant ainsi plus besoin de répéter dans la grande salle, nous estimons que ça nous permettra de gagner cinq ou six semaines de représentations par an. Nous pourrons aussi profiter davantage d’une des petites salles pour la médiation, les cours, les conférences, les ateliers. Nous avons beaucoup développé le travail d’accompagnement des œuvres ces dernières années, mais nous butions sur un manque d’espace.

Et puis nous aurons un meilleur outil d’invention et de recherches. Le théâtre est un art du présent. Il n’a cessé d’évoluer depuis 2000 ans, il se nourrit des techniques de l’époque. Il est essentiel de donner de bons outils et du temps aux artistes.

Mais pendant ces deux ans, la programmation va diminuer...

Nous gardons deux salles en activité, le pavillon et la salle René Gonzalez. Et nous allons sortir de Vidy pour jouer dans des lieux atypiques. A l’église Saint-François, à l’Opéra, au MCBA, à l’Université, dans l’espace urbain ou dans la nature. Tout cela est encore en préparation, nous ouvrons le 24 août à 11 heures la billetterie de la saison à venir. Nous réfléchissons en termes d’opportunités, nous voulons profiter de ces deux années particulières pour faire des choses inhabituelles.

Que retenez-vous de ces mois d’interruption dus à la Covid-19?

Les mesures sanitaires empêchaient exactement ce que le théâtre apporte à la société: sa raison d’être est de nous rassembler pour nous relier. Nous avons dû annuler 250 représentations. Cette période nous a beaucoup interrogés et elle nourrit notre créativité: depuis le 8 juin, nous avons pu lancer cette aventure inédite de la Boîte noire – Théâtre fantôme pour une personne, avec un départ toutes les cinq minutes. Une belle expérience!

Boîte-noire, pièce créée par Stefan Kaegi, est à voir jusqu’au 12 juillet.
Disponibilités: +41 21 619 45 45
www.vidy.ch

AM

© Théâtre de Vidy-Lausanne

En projection, l’allure du théâtre après l’agrandissement de la salle Charles Apothéloz.