Je sais qu’en Suisse mon vote compte

FAVERGES – Alexis Munier est née aux Etats-Unis. Tout en comparant la démocratie suisse et celle de son pays, elle se réjouit de voter en Suisse.

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Alexis Munier

Autant l’admettre, j’ai manqué plus de votations en Suisse que la Suisse n’a raté d’Eurovision. Mais mon mauvais score s’est amélioré ces dernières années et ce que j’ai auparavant perçu comme un processus fastidieux m’apparaît maintenant comme mon devoir de citoyenne suisse.

Née en Amérique et y vivant jusqu’à mes 25 ans, j’ai suivi mon cœur vers la Suisse en 2003 à la recherche d’aventures. J’ai toujours rêvé de vivre en Europe, enchantée par les pavés, la musique classique et la sécurité sociale – ce que je croyais être un mode de vie plus civilisé.

Venir d’un système politique bipartite rendait difficile le choix entre une douzaine de partis suisses.

 

Après mon arrivée je suis restée proche de la politique américaine tout en commençant mon voyage (qui semblait ne jamais finir) pour comprendre le système politique suisse. Le fait d’épouser un Valaisan m’a apporté un passeport rouge et le droit de participer pleinement, j’étais ravie.

Une mer de noms

Je me souviens du jour où mon premier bulletin est arrivé par la poste. Je suivais le plus souvent le vote de mon mari qui même s’il ne remplissait pas le bulletin à ma place, m’obligeait à soutenir le parti  dont il était membre. Décidée à prendre mes propres décisions, j’ai commencé à lire les programmes de chaque parti pour bientôt abandonner l’effort. Venir d’un système politique bi-partite rendait difficile le choix entre une douzaine de partis suisses. En fait, aux Etats-Unis, j’ai plus souvent voté contre un parti que pour. J’étais perdue dans une mer de noms de partis que je comprenais à peine: PLR, PDC, UDC?

Un langage difficile

Le langage utilisé dans les documents de vote peut être un véritable chemin de croix.

J’admets que voter trois ou quatre fois ici est étouffant. Souvent j’ai vu l’épaisse enveloppe sur le comptoir de ma cuisine et j’ai hésité à l’ouvrir. Souvent quand je feuilletais (si je feuilletais) le contenu des bulletins, j’avais une opinion plus floue qu’avant. Des sujets complexes tels que la réforme du second pilier nécessitent une réflexion éclairée; là où d’autres comme le congé paternité ou l’allongement des vacances paraissent un choix facile. Bien que mes compétences en français soient raisonnables, le langage utilisé dans les documents de vote peut être un véritable chemin de croix.

Les années passant, quinze en tout, mon niveau de français s’est amélioré ainsi que le nombre de votes à mon actif. Mon intérêt politique a été aussi revigoré par les quatre années de Trump à la maison blanche. Ce culte du pouvoir exécutif, depuis les années 1990, a permis aux présidents de quitter le rôle prévu par la constitution pour endosser celui de quasi-empereur. Mais pour moi, le pouvoir principal du président des Etats-Unis repose en sa capacité à donner une direction au pays. Tous les Américains de droite comme de gauche sont concernés et influencés par sa conception de la nation.

Un pouvoir dépersonnalisé

Je sais qu’en Suisse mon vote compte. Je n’oublie donc jamais de déposer mon bulletin.

Le peuple Suisse, quant à lui, ne peut pas directement nommer son ou sa président-e ou son gouvernement. Ce n’est pas dû à l’ignorance de la population, mais au coté honorifique du titre de président ici. Simplement un parmi sept, cette dépersonnalisation du pouvoir nous permet de nous concentrer sur le groupe – et un consensus plutôt qu’un ordre direct venu d’un seul leader.

C’est la démocratie directe dans ce qu’elle a de meilleur, et je suis honorée d’y prendre part. Je sais qu’en Suisse mon vote compte. Je n’oublie donc jamais de déposer mon bulletin.

Alexis Munier

Alexis Munier

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