«Dites-moi, quel est votre secret en Suisse?»

BORDE – Enseignant de français bénévole pour l’association Palabres,Kamilou Issaka estime que le droit de vote accordé aux étrangers est d’autant plus précieux que la démocratie est déficiente dans son pays d’origine, le Togo.

© BLI
Kamilou Issaka

En Suisse depuis plus de deux ans, j’ai déjà suivi plus de trois votations. A travers la presse, je me suis intéressé à des élections dans d’autres cantons ou communes. Un constat s’impose: tout se passe sans grand malaise. L’exercice et l’expression de ce droit se font avec tellement d’aisance que je suis surpris. Mieux, dans ce pays, les étrangères et étrangers, sous certaines conditions, dans certains cantons ou communes, ont le droit de voter.

Les dimanches de votations par exemple, RTS La 1ère, que j’écoute souvent, reçoit des invités: journalistes, éditorialistes, politiciens, écrivains, essayistes, acteurs sociaux économiques de tous bords, elles ou ils commentent et analysent les résultats au fur et à mesure du dépouillement.

Puis, une fois les résultats tombés, la vie continue en Suisse comme si de rien n’était.

Comment est-ce possible?

Toujours le même vainqueur

Je viens du Togo, un petit pays que le Général Dictateur baptisa «La Suisse d’Afrique». Vraiment? Dans mon pays d’origine, pas d’élection sans exode massif de populations fuyant les répressions liées à l’exercice de ce droit, et sans des urnes volées par des militaires parce que le dépouillement ne serait pas favorable au parti gouvernemental.

Le père mort, le fils nous revient en héritage politique imposé, utilisant habilement les mêmes méthodes. Le soldat de rang, devenu Général d’armée, n’est arrivé au pouvoir qu’à la suite d’un coup d’état sanglant, c’est un euphémisme, en assassinant le Père de notre souveraineté nationale. Et nous, depuis, nous nous évertuons à le faire partir par les urnes qu’il viole impunément. Tout ce temps passé à le voir, lui, ainsi que son système, à la tête du petit rectangle du Golfe de Guinée qu’est notre  «Dénigban» : Terre de nos aïeux.

A quoi sert ce précieux et sacré droit de vote s’il se résume à un non-événement où le vainqueur est toujours le même, connu d’avance? Alors faut-il faire l’économie de tant de pertes en vies humaines et de ressources matérielles? Ou faut-il repenser la démarche de sélection et de remplacement de nos dirigeants? 

Je crois profondément qu’on ne peut pas réinventer la roue. C’est contre ces intrusions dans le système politique qu’il faut ériger des règles claires et strictes. Elles sont la source des désordres et instabilités qui freinent la modernisation de nos jeunes nations en construction.

Le lien avec la Suisse?

Nos cousins helvètes se demandent bien quel est ce pays sub-démocratique où chaque élection apporte son lot de morts, d’emprisonnements, de tortures, de tracasseries diverses, voire d’exilés.

Eux qui sont si fiers de leurs votations, combien de Suissesses et de Suisses survivraient à un tel régime?

A quoi sert le droit de vote, s’il est l’arme qui va entraîner notre mort ou notre malheur? On sort à peine des bureaux de vote que les résultats sont contestés. Alors dites-moi, mes hôtes vaudoises et vaudois, helvètes, quel est le secret suisse pour une participation citoyenne apaisée?

Kamilou Issaka

Kamilou Issaka

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