Politique

«L’inaction nous coûterait plus cher»

Le Plan climat de la Ville, présenté par la Municipalité le 13 janvier, a été coordonné par Anne Roches, 39 ans. Engagée le 1er avril 2020 pour l’élaborer dans un délai d’un an et demi, elle a dû mettre les bouchées doubles pour le finaliser en huit mois, à la demande du Conseil communal. Rencontre au surlendemain de la présentation devant la presse.

Le Plan climat de la Ville est présenté dans un rapport-préavis (no 2020/54) adressé au Conseil communal. Afin de participer aux efforts contre le réchauffement climatique, il vise à atteindre zéro émission directe de gaz à effet de serre dans le domaine de la mobilité à Lausanne d’ici 2030, et zéro pour l’ensemble des émissions directes lausannoises au plus tard en 2050. La mesure qui a suscité la plus grande attention dans les médias est celle qui prévoit le renoncement à tout véhicule thermique en ville d’ici à 2030.

Êtes-vous surprise par la virulence de certaines réactions à ce Plan?  

Non, nous nous attendions à ce que l’opinion soit fortement polarisée. Qu’il y ait des réactions très négatives à l’objectif d’une ville sans véhicules à essence, ce n’est pas étonnant puisque notre mode de vie actuel est très dépendant de la voiture et le changement peut faire peur. Et il y a ceux qui pensent que la Ville ne va pas assez vite, mais toutes les études montrent qu’une réelle neutralité carbone en 2030 déjà n’est pas possible. Je ne suis pas la seule à trouver que la posture de la Municipalité est courageuse. Elle est la première en Suisse à se fixer de tels objectifs en matière de mobilité.

On a aussi relevé que le Plan focalise peu sur des domaines comme l’alimentation, alors que c’est l’une des causes majeures du réchauffement.

L’alimentation représente en effet 15% de l’empreinte carbone de Lausanne. Il va bien sûr falloir agir dans ce domaine et notamment réduire la part de la viande dans notre alimentation, non seulement pour des raisons environnementales mais aussi de santé. La Ville s’est déjà bien engagée dans ce domaine. Nous sommes passés de quatre à dix repas végétariens par mois dans les cantines scolaires. Que cette évolution ait été bien acceptée montre que les mentalités évoluent.

Dans son plan, la Municipalité s’est concentrée sur les émissions directes, pour lesquelles elle dispose de leviers d’action plus efficaces et mesurables. On peut mentionner le domaine du chauffage, qui représente 57% des émissions directes. Le plan annonce un investissement colossal pour étendre et décarboniser le chauffage à distance. Il va falloir aussi rénover les bâtiments, ce qui représente un gros effort pour les propriétaires privés, mais aussi pour la Ville, avec ses écoles et bâtiments administratifs.

Tout ça va nécessiter de gros investissements…

Les analyses financières sont en cours, mais selon nos premières estimations, c’est faisable. Et plusieurs études montrent que le coût de l’inaction serait beaucoup plus élevé. Les investissements à consentir permettront des économies par la suite, en réduisant notre dépendance aux produits pétroliers, qui seront de plus en plus chers. Cela représente aussi des opportunités pour l’économie locale.

Le rapport-préavis relève que «l’adhésion et la participation de la population et des milieux concernés est indispensable». Il promet une consultation et un «véritable débat». Savez-vous déjà comment ce sera organisé?

Nous envisageons diverses pistes, des consultations en ligne, des ateliers participatifs, des conférences thématiques, et des démarches dans les quartiers. Les contours définitifs restent à préciser. Nous avons dû préparer ce Plan climat en moins d’un an, à la demande du Conseil communal, alors que dans d’autres collectivités, on met trois ans à l’élaborer.

AM