Espaces publics

«Une petite ville aux qualités d’une grande»

Alors que la Ville publie le diagnostic des espaces publics du centre-ville, réalisé en collaboration avec le bureau danois Gehl, l’empreinte de cette démarche débutée en 2019 se retrouve d’ores et déjà dans un paysage lausannois en mutation. Présentation de la démarche et entretien avec Anne Juillet, cheffe de projet.

Lausanne vue de Copenhague, cela peut étonner. Un peu moins cependant quand on sait que le célèbre bureau danois d’architecture et d’urbanisme Gehl Architects tient les jumelles. Mandaté pour faire un bilan des espaces publics, ce bureau a un credo, porté par son fondateur Jan Gehl: «Les cultures et les climats sont différents partout dans le monde, mais les gens sont les mêmes. Ils changent leurs habitudes en fonction des services, des équipements que nous mettons à leur disposition.»

Un point de vue partagé par 250 villes que ce bureau accompagne dans leur transition urbaine. Dont Lausanne, via une vaste démarche débutée en 2019, avec à la clé un rapport publié en début d’année. Au bilan exhaustif du centre-ville s’y ajoutent des orientations décisives pour penser et se projeter dans Lausanne à venir. Ceci alors que la ville amorce justement un tournant majeur dans les dix années à venir, avec le nouveau quartier des Plaines-du-Loup, l’arrivée du m3 ou encore Léman 2030 à la gare.

En coulisses d’une vaste démarche

«Pour approcher le projet de la Ville de Lausanne, explique Louise Kielgast, associée au bureau Gehl, nous avons appliqué, comme ailleurs, une démarche basée sur des observations et une enquête de terrain. La particularité, à Lausanne, a cependant été la démarche participative des différents services, qu’on ne trouve pas partout.»

Alors que normalement, ce sont principalement les architectes et les urbanistes qui participent aux bilans d’espaces publics, dans le cas lausannois, la mise à contribution au sein de l’administration a été exceptionnellement large. «De la culture, à la police en passant par les délégués seniors, jeunesse: des acteurs essentiels variés ont participé à la démarche et amené leurs préoccupations, leur expérience de terrain et leurs besoins pour la ville de demain, précise Louise Kielgast, pour parvenir à une vision partagée.»

Petite ville, grand potentiel

Au final, le rapport au titre évocateur – «Une petite ville avec toutes les qualités d’une grande» – porte un œil extérieur sans concession sur le centre-ville lausannois, ses défis et son potentiel. «Nous avons été très vite frappés par les nombreux points de vue exceptionnels sur le lac et les montagnes, associés à des lieux au potentiel encore inexploité, relève Louise Kielgast. L’enquête de terrain a relevé une prééminence de la voiture partout dans l’espace public et une sous-représentation des femmes, des enfants et des personnes âgées». Autant de défis que les spécialistes des espaces publics et de la mobilité ont déjà commencé à relever (voir interview).

© Gehl Architects pour la Ville de Lausanne
Anne Juillet, cheffe de projet.

En quoi l’approche Gehl change-t-elle la façon dont la Ville travaille ses espaces publics?
Anne Juillet:
Connue sous le nom de «Public space – Public life», cette méthode vieille de 30 ans, mais nouvelle à Lausanne, repose sur trois phases que nous reproduisons depuis environ deux ans, à savoir «Mesurer – Tester – Améliorer». Nous sommes ainsi orientés vers l’action sur les projets dont l’ampleur le permet, que ce soit au centre-ville ou dans les quartiers. Nous sommes aussi beaucoup moins timides en matière de participation citoyenne. Dès la conception des projets, nous essayons d’inclure les habitantes et habitants, ainsi que les actrices et acteurs de quartier avant même la phase des aménagements transitoires.

Où peut-on voir, en ville, les premières empreintes de cette méthode?
Différentes placettes à fort potentiel ont été aménagées avec des assises et mises en valeur, notamment le belvédère de Benjamin Constant ou celui du parvis de la Cathédrale. Parmi les quartiers, le Vallon est en train d’être repensé sur un mode participatif qui fait la part belle à la vie de quartier. Aujourd’hui, sur nombre de ces endroits, où les aménagements sont encore transitoires, nous nous trouvons dans la phase test. La rénovation des passages sous voies en intégrant une dimension artistique est un autre exemple.

Est-ce que la phase test est bien perçue par la population?
Nous devons encore rassurer et redire que la phase test donne lieu à une évaluation, après laquelle nous revenons vers les habitantes et habitants pour faire ensemble le projet pérenne. C’est une démarche qui nous demande de l’humilité en tant que spécialistes, mais qui permet d’avoir des réalisations finales plus proches des besoins réels de la population.

I. Michaud