La plume et le pinceau de Marie-José Imsand

L’écrivaine et peintre lausannoise Marie-Josée Imsand est l’invitée de la résidence littéraire numérique d’été de Lire à Lausanne. Elle nous confie son rapport à la création et à la littérature.

© Gennaro Scotti
Marie-José Imsand, l'auteure en résidence littéraire numérique de l'été 2021

A la fois peintre, écrivaine et pédagogue, Marie-José Imsand est un personnage à part de la scène artistique vaudoise et romande. Née à Lausanne, formée à l’Université d’art plastique à Montréal, elle crée dans un atelier qui semble sortir d’un conte de fée, chalet de poupée et de bois niché dans une cour intérieur de l’avenue Maurice-Glayre, allée discrète reliant les avenues de France et d’Echallens.

Douce, curieuse, intense, elle incarne avec grâce un certain état de poésie. Ce qui ne l’empêche pas de s’impliquer avec énergie dans la société: maîtresse socio-professionnelle de peinture et d’écriture à la Fondation du Levant à Lausanne, elle a repris en 2020 la présidence de l’Association vaudoise des écrivains (AVE). Tout en construisant une jolie carrière artistique: artiste peintre et graveuse, elle expose depuis 1986. Ecrivaine, elle a publié trois fictions, Le Musée brûle, Affaires Etrangères et Vol 417 aux éditions BSN Press, ainsi que deux ouvrages en lien avec la mémoire de son père, le photographe Marcel Imsand: Confidences (La Sarine) et Marcel Imsand intime (Favre).

Ecrire, peindre, dessiner, quels liens entre ces activités créatrices?

Peindre depuis plus de vingt ans m’a orienté sur différentes voix. La principale est celle d’être l’instrument de mon travail. Le tableau se développe à l’image de la photographie plongée dans le révélateur. Comme s’il préexistait dans l’inconscient collectif ou le mien. Les années ont effacé la peur de la page blanche. Pas le doute évidemment qui permet aux sens de rester constamment en alerte. Ainsi s’est construit le chemin à l’écriture.

Quelles connexions entre l’écriture et les arts visuels?

J’ai commencé à écrire pour défendre ma peinture. Les connexions entre les deux sont: sublimation, imaginaire et amour humain. Par contre, un dessin, un tableau se construisent de A à Z alors qu’il suffit de trois mots pour se retrouver sous la pluie ou à bord d’un avion.

Que vous permet d’exprimer la peinture que ne permettent peut-être pas les mots?

Il suffit de quelques secondes pour regarder une toile, alors qu’il faut des jours pour lire un roman.

Qu’est-ce que l’écriture vous apporte?

Elle me téléporte dans la peau des protagonistes de mes romans. Je m’approprie leur appartement, leur famille, leurs habitudes, leurs regrets, leur destinée, ce qui me donne l’impression de vivre plusieurs vies.

Votre livre Vol 417 s’emparait du thème des «vols spéciaux» affrétés pour expulser les criminels étrangers, «Affaires étrangères» traitait de l’invasion du Tibet par la Chine et le massacre de Tian’anmen : les romans sont-ils pour vous une manière d’aborder des thématiques socio-politiques qui vous tiennent à cœur ?

C’est exact. Cette opportunité donne, à mes yeux, le sens de l’écriture. Le lecteur est lui aussi un acteur essentiel à l’histoire. Page après page, je suis consciente de sa présence au gré des pages et espère qu’il s’empare de la réalité d’une façon toujours plus consciente et intime.

Quel regard pose l’artiste que vous êtes sur la société contemporaine ?

Je n’ai pas l’envie de juger. La société a besoin d’être réveillée et je souhaite y contribuer.

Que vous a transmis le photographe Marcel Imsand, votre père, auquel vous avez consacré un beau livre intitulé Imsand intime?

En termes de valeurs, mon père nous a transmis sa foi, la passion du travail, le choix de l’indépendance. Il nous a donné les clefs pour trouver le courage d’être nous-mêmes, de ne pas suivre les modes, de dépasser la solitude de l’atelier pour travailler sans relâche. A travers sa photographie, grâce à son immense empathie, mon père a transmis la beauté de l’humain et de la nature. Il laisse en héritage le métier du noir et blanc, la victoire de la lumière, l’intention qui habite ses photographies, le goût pour la recherche technique.

Vous présidez l’Association Vaudoise des Ecrivains (AVE). En quoi cette association est-elle importante pour le tissu littéraire du canton de Vaud?

Fondée en 1944, l'AVE est unique par sa manière de répertorier les auteur·e·s de tous âges et de tous les styles dans le canton de Vaud. Un site, régulièrement mis à jour, est à disposition des éditeur·trice·s, de la presse et du public. Malgré son grand âge, notre association ne cesse de s'adapter aux changements, par son réseau de contacts, l'organisation de tables rondes, débats, salons et concours littéraires. La scène littéraire vaudoise gagnerait à devenir une famille qui laisserait à l’AVE le soin de la représenter.

Propos recueillis par Isabelle Falconnier

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