D’écrire ma ville se pose à Lausanne. A vos textes!

Vous aimez Lausanne? Vous avez envie de partager une anecdote, un souvenir, une histoire, réelle ou inventée, à son sujet? Le projet d’écriture participative D’écrire ma ville se pose à Lausanne et attend vos textes d’ici décembre! Une initiative portée par l’écrivaine Abigail Seran, administratrice de l’association D’écrire ma ville, et Katia Delay, directrice de La Maison du Récit. Rencontre.

© Marino Trotta – Ville de Lausanne
Katia Delay et Abigail Seran

Katia, vous venez du milieu du théâtre, vous écrivez et dirigez la Maison du Récit, ex-FADAK. Abigail, vous êtes romancière et juriste. Qu’est-ce qui vous motive à vous engager dans ce projet?

Katia Delay: Cet engagement obéit pour moi à un credo participatif essentiel. Créer ensemble, accompagner le public dans le processus de création est au cœur de ma vie depuis toujours. Il ne s’agit pas de faire de tous·tes des artistes géniaux, mais de permettre à chacun·e de se rendre compte de ses ressources et de son potentiel créatif. Une démarche qui nous sert dans tous les domaines de l’existence! Savoir poser des points de vue variés sur un événement, reformuler ce qu’on a vécu, transformer un écueil en chance sont déjà des formes de créativité. A mes yeux de sociologue et d’artiste de théâtre, l’art et la créativité nourrissent la vie sociale, et vice versa.

Abigail Seran: La question de la mémoire, si essentielle et pourtant fugitive. C’est une thématique qui revient souvent dans mes livres. Une ville est un témoin privilégié du temps qui passe. Ce projet permet de saisir sa propre mémoire en même temps que celle des autres. D’écrire ma ville permet ainsi le partage d’anecdotes, d’histoires, qui souvent restent dans le cercle privé. Et construire la mémoire collective d’un lieu est essentiel à mes yeux.

Pourquoi est-ce important de raconter des histoires, d’inciter le public à mettre en récit souvenirs ou choses imaginées?

Abigail Seran: Un récit est un acte d’appropriation. Dès que l’on met un événement, un paysage, une personne en mots, c’est une manière d’affirmer sa subjectivité, son point de vue. On permet ainsi aux participant·e·s d’exposer la dimension émotionnelle et personnelle de leur lien à Lausanne, ce qu’on a rarement l’occasion de faire et de partager avec d’autres.

Katia Delay: Raconter des histoires est la façon que les Humains ont trouvé pour donner du sens à leur présence sur terre. Nous avons besoin de comprendre notre monde et pour le comprendre, on doit le raconter. La science nous permet de comprendre certains mécanismes de la Nature ou de l’Univers mais ne donne pas de sens. Adopter un point de vue personnel, lorsqu’on se lance dans un récit, permet de passer d’un savoir théorique et cérébral à une compréhension affective, en lien avec ses émotions. Ecrire brouille la frontière entre réalité et fiction, faisant surgir des choses auxquelles on n’aurait jamais pensé.

Est-ce pour cela que l’appel à textes est large, permettant d’envoyer autant des fictions que des souvenirs?

Abigail Seran: Une ville est faite de la manière dont on la vit. On la rêve, on en a peur, on se souvient, on l’imagine. La longueur et le lieu sont deux contraintes suffisantes. Pour le reste, nous souhaitons que l’imaginaire du public galope, autant que sa mémoire!

Katia Delay: Que les lecteur·trice·s se demandent si ce qu’ils·e..es lisent s’est passé ou pas fait partie des plaisirs du jeu! Nous souhaitons que chacun·e puisse greffer ce qu’il·elle souhaite sur cette base «Lausanne», et laisse vivre de manière très libre la manière dont Lausanne fait écho en lui·elle. 

Après Monthey, où vous vivez et avez initié D’écrire ma ville, et Bernex, où le projet est en cours, pourquoi Lausanne?

Abigail Seran: J’ai vécu dans la région lausannoise pendant 15 ans, j’y ai travaillé durant 20 ans dans le monde bancaire et associatif, mes maisons d’éditions sont en majorité lausannoises… Lausanne est un carrefour, d’une manière ou d’une autre, tous les Vaudois·e·, les Romand·e·s même, y passent un jour où l’autre pour les études, le travail, la famille, les sorties. C’est une ville extraordinairement diversifiée, très ouverte, où tous les mondes se côtoient. Et on change d’échelle! Une centaine d’auteur·trice·s se sont manifesté·e·s à Monthey. A Lausanne, nous en espérons plusieurs centaines d’ici au mois de décembre.

© Marino Trotta - Ville de Lausanne

A qui s’adresse D’écrire ma ville Lausanne?

Katia Delay: A tout le monde! J’ai un immense rêve de participation très inclusive, qui n’exclut personne. Nous allons faire circuler l’information de manière la plus large possible, dans les milieux associatifs, culturels, estudiantins…

Abigail Seran: A Monthey, toutes les couches socio-culturelles étaient représentées. Hommes et femmes à 50% chacun·e, et les âges s’étalaient de 16 à 98 ans. Nous souhaitons faire entendre des voix qu’on n’entend pas d’habitude. Nous avons reçu de nombreuses histoires qui se racontent habituellement par le bouche à oreille, des petits riens qui en disent long sur une époque, une identité collective. Je pense à un texte qui racontait l’arrivée des machines à laver le linge à Monthey: comme elles avaient la réputation d’abîmer le linge, un électricien, pour contrer cette réputation, a mis des machines en démonstration dans son magasin, attirant des femmes qui venaient laver gratuitement leur linge, en public, sans, parfois, jamais en acheter une…

Si ce projet s’adresse à toutes et tous, que l’on ait l’habitude d’écrire ou pas, quelle est son ambition littéraire?

Katia Delay: C’est un projet d’écriture, pas un projet à proprement parler littéraire. Nous proposons d’ailleurs aux personnes qui n’ont jamais pris la plume un accompagnement personnalisé sur demande. Nous pouvons aider à écrire, voire même recueillir une histoire et la mettre en mots en respectant ceux de la personne qui la porte. Mais le simple fait que la consigne exige des textes brefs, de 1200 signes ou 200 mots maximum, rend l’exercice intéressant et ambitieux d’un point de vue de la narration. L’immense majorité des textes reçus, ou que nous allons recevoir, sont des textes travaillés et de qualité.

Abigail Seran: La mixité des textes, des styles et des niveaux d’écriture est importante!  Que les écrivain·e·s reconnu·e·s ne s’abstiennent pas! D’écrire ma ville Lausanne mêle toutes les voix, connues ou invisibles, les mettant sur un pied d’égalité. C’est une approche du texte on ne peut plus démocratique!

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