Une carte du Pays de Vaud par le géographe du roi Louis XIV

Notre bibliothécaire-documentaliste, Arnaud Van Schilt, a récemment fait l’acquisition d’une gravure publiée en 1690 à Paris. Il s’agit d’une carte de l’Evêché de Lausanne et de ses environs dessinée par un célèbre cartographe français en 1661. Coup de projecteur sur certaines caractéristiques de ce document pour un voyage éclair dans le pays de Vaud du 17e siècle, et plus largement le développement de la cartographie.

© Les Archives de la Ville de Lausanne (cote P782/F5, 2335)
Carte gravée sur cuivre de l’Evêché de Lausanne et de ses environs de Nicolas Sanson, 1661 [Cote P782/F5, 2335].

Gravée sur cuivre, cette carte de l’Evêché de Lausanne et de ses environs, est à l’échelle 1:240000 et mesure 56 x 44 cm. [Cote P782/F5, 2335]. Célèbre cartographe du 17e siècle, Nicolas Sanson (1600-1667), dit Sanson d’Abbeville, fut le professeur de géographie des rois Louis XIII et Louis XIV, portant le titre prestigieux de «géographe du Roy».

Le cartographe Nicolas Sanson

Nicolas Sanson produisit un nombre conséquent de cartes du monde entier, dont la plupart sont conservées à la Bibliothèque nationale de France. Il fut également à l’origine de l’école française de cartographie, plus rationaliste que la cartographie hollandaise, jusqu’alors incontournable et qu’elle remplaça. L’école française influença profondément la cartographie mondiale dès la seconde moitié du 17e siècle (Bertrand Lévy, Histoire de la carte régionale à Genève de la Renaissance à nos jours, 1987).

Les frontières du Pays de Vaud

Intitulée Verbigenus pagus in Helvetiis: Partie du Wiflispurgergow en Suisse et dans l'Evesché de Lausanne: partie du canton de Berne, le canton de Fribourg, le baillage d'Orbe, la carte de Sanson représente le Canton de Vaud tel qu’on le connaît aujourd’hui, sous régime bernois depuis 1536. Les frontières politiques délimitant les différents baillages et territoires sont représentées avec l’Evêché de Lausanne réformé d’une part, ainsi que le baillage d’Orbe-Echallens catholique et commun entre Fribourg et Berne, et celui d’Avenches (dont le territoire était appelé Wiflispurgergow) d’autre part. Les frontières avec le Canton de Fribourg figurent également.

© Les Archives de la Ville de Lausanne (cote F1, PG 1577-1578)

Carte du Pays de Vaud de Thomas Schöpf, 1578 [cote F1, PG 1577-1578].

Mention des lieux et toponymie

Sur la carte de Nicolas Sanson, on remarquera en particulier les noms des différentes localités inscrites avec l’orthographe d’usage au 17e siècle: Morgex, Aulbone, Lustry, Cuvilly, L’Orbe ou Echolens. Cette graphie ne diffère que très peu de celle que le médecin bernois Thomas Schöpf utilisa pour sa carte du Pays de Vaud de 1578 [cote F1, PG 1577-1578].

Lausanne, dont la graphie latine est encore utilisée par Schöpf (Losona), devient Lausanne pour Sanson. Cvilly, toujours en graphie latine, devient Cuvilly et Vivei, Vevey. Coppet perd lui son deuxième « p » pour devenir Copet. Il est difficile de savoir d’où Nicolas Sanson a repris ses noms, mais il est probable qu’il les a copiés d’autres cartes existantes, comme il était d’usage à cette époque. Les erreurs dans l’orthographe des noms propres étaient courantes, que ce soit de la part du cartographe ou de celle du graveur (Levy, 1987). Notons que les villages sont tous dessinés en vue cavalière et symbolisés par une église, une représentation usuelle sur les cartes de cette période, tandis que les villes sont représentées avec leurs fortifications, châteaux et tours. Schöpf avait lui-même établi une légende avec onze symboles différents, en fonction de la taille, de la fonction et de la confession de la localité représentée. Notons une exception très intéressante avec la ville de Genève, qui est la seule ville représentée sous forme de plan, montrant ainsi son emprise réelle sur le territoire.

Représentation des lieux et topographie

Fait anodin aujourd’hui, puisque c’est désormais une norme pour l’ensemble des cartes produites, la carte de Sanson est orientée vers le nord, tandis que la plupart des cartes du 16e siècle étaient encore orientées vers le sud, comme on peut le voir avec la carte de Schöpf de 1578, ou vers le levant et l’orient (d’où l’origine du terme «orienter»). La manière dont Nicolas Sanson a représenté la géographie physique sur sa carte est aussi intéressante. Ainsi, si le territoire figure déjà horizontalement, les divers éléments géographiques, tels que les montagnes et forêts, y sont encore dessinés en perspective cavalière, comme cela se faisait avant l’avènement des relevés topographiques précis. Les montagnes sont dessinées comme des «pains de sucre» de taille relativement similaire les uns aux autres, avec toutefois quelques légères différences et sans corrélation avec la réalité. Les montagnes du Jura et celle de La Dôle y apparaissent donc plus grandes que celles des Préalpes. Il s’agit peut-être d’une erreur reprise par Sanson des cartes néerlandaises et en particulier du cartographe Blaeu, dont la carte de 1663 présentait également un surdimensionnement de la Dôle par rapport aux Alpes (Lévy, 1987). Autre élément saillant de la carte, le lac Léman porte les trois légendes suivantes: le lac de Genève pour la partie centrale, le lac de Thonon pour la côte française, et le lac de Lausanne pour la côte lausannoise.

Réalisation de la carte

Pour dresser cette carte, Sanson s’est probablement basé sur les cartes existantes pour en faire une synthèse et a également entrepris différentes mesures sur le terrain, ainsi que des relevés plus précis à l’aide de l’astronomie, comme cela se faisait avant l’utilisation de la méthode cartographique dite de triangulation. Sanson n’a cependant pas relevé assez de points astronomiques pour dresser une carte suffisamment précise et éviter ainsi les déformations que l’on peut constater, en particulier dans sa représentation du lac Léman (Lévy, 1987).

Cette carte vient ainsi utilement compléter notre collection de cartes et plans anciens de Lausanne et du Canton de Vaud. Outre la renommée de son auteur, son intérêt manifeste réside dans la figuration des frontières politiques à une époque où les représentations du Pays de Vaud sont rares. D’autres exemplaires sont conservés dans des institutions patrimoniales, notamment à la Bibliothèque nationale suisse et au Centre d’iconographie de la Bibliothèque de Genève.

Arnaud van Schilt, bibliothécaire-documentaliste, mai 2020

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