Social

«Je ne pensais jamais être là pour nourrir notre famille»

Depuis le début de la crise liée au nouveau coronavirus, la distribution d’aides alimentaires augmente chaque semaine à Lausanne. Se retrouvant soudain sans ressources, nombreux sont celles et ceux qui n’ont plus assez pour se nourrir. Reportage à la paroisse Saint-Jacques.

Mercredi 29 avril, 13h, église Saint-Jacques à Lausanne. Depuis l’esplanade, la vue s’étend sur les Alpes et le lac Léman. Au verso de cette carte postale, la réalité est autrement plus crue. Sur le parking, des dizaines de cabas sont prêts à être remplis. «Nous préparons 190 colis alimentaires et de biens de première nécessité» explique Thérèse Eyenga, bénévole du Point d’Appui, une structure commune des églises protestantes et catholiques vaudoises qui organise cette distribution. «C’est le double de ce que nous faisons en temps normal.»

Se nourrir quand même

Chaque semaine, les églises lausannoises distribuent des colis de première nécessité aux personnes qui ne touchent pas d’aides sociales. Depuis un mois, le nombre de bénéficiaires ne cesse de croître.

«Avec cette crise, les petits boulots ont disparu», explique Nicolas Margot, médiateur au Point d’Appui et responsable de la distribution. «Avant nous avions principalement des personnes âgées et des sans-papier. Aujourd’hui, nous avons tous les profils et tous les âges: des étudiants, des familles, des salariés», complète Sandra Genilloud, bénévole de la paroisse.

Maria* est concierge professionnelle. Son mari a démissionné fin février pour se lancer comme indépendant. La crise a stoppé net cet élan. «Nous savions que le premier mois serait difficile, mais là, mon salaire suffit juste pour le loyer et les impôts. Je ne pensais jamais être là un jour pour nourrir notre famille», raconte-t-elle avec de la gêne dans la voix, mais aussi de la colère. Celle des working poors qui vivent toute l’année sur un fil.

Un peu plus loin, une femme de ménage diabétique, confinée du jour au lendemain, sans ressources et sans recours au chômage. Juste à côté d’elle, on croise un chauffeur de taxis.

Depuis 13h, la file s’étend dans le parc Jean-Jacques-Mercier. Il faudra encore attendre plus de deux heures devant l’entrée nord de l’église. «Normalement, nous commençons à 16h, mais dans les faits nous distribuons dès que les cabas sont prêts», explique Nicolas Margot.

Sur l’esplanade, la dizaine de bénévole s’active. Le dernier camion de la CA-RL (Centrale alimentaire de la région lausannoise) vient de partir. Aujourd’hui, les cabas contiendront de la semoule, du thé froid, de la mozzarella, des pommes, des pommes de terre, du shampoing et du dentifrice.

A 15h30, les portes de la paroisse s’ouvrent. Les bénéficiaires entrent avec calme, en respectant les distances. Un jeune bénévole les aiguille. «La reconnaissance de ces personnes est forte. Ils repartent en nous couvrant de mercis», conclut Sandra Genilloud.

Au cœur de l’approvisionnement

Marc Huguenot, responsable de la CA-RL, constate également une explosion de la demande. La quantité de marchandise distribuée la dernière semaine d’avril a augmenté de près de 50%. «En 2019, nous avons livré 548 tonnes de denrées alimentaires et de produits d’hygiène, ce qui touche directement ou indirectement près de 5000 personnes par semaine. Ces dernières doivent être aujourd’hui 7500», estime-t-il.

«Notre stock est alimenté par des dons de l’industrie, de maraîchers, par notre action des Samedis du partage, ainsi que par des achats ponctuels de produits plus difficilement obtenus par des dons. Nous arrivons encore à assurer la demande, mais la situation se tend», ajoute-t-il.

La CA-RL est l’un des maillons essentiel du dispositif lausannois d’aide d’urgence. Outre les colis alimentaires, elle approvisionne 34 structures, dont les accueils de nuit et de jour ou encore la Soupe populaire. La Ville la subventionne chaque année à hauteur de 530’000 francs.

*Prénom modifié

www.carl-lausanne.ch

Reportage photographique sur www.lausanne.ch/social

YR

Appel aux dons