Politique

«1981 représente le début des travaux»

Première femme à avoir été élue présidente de la Confédération, Ruth Dreifuss n’a jamais cessé de lutter en faveur des droits des femmes. Invitée à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle place du 14-Juin, nous lui avons posé quelques questions.

Le 14 juin 1981, le principe d’égalité entre femmes et hommes était inscrit dans la Constitution. Que représente pour vous cet événement?

Le droit de vote et l’éligibilité des femmes a été accepté en 1971 par la population à la suite d’un mouvement qui a duré près de 100 ans. Il a fallu attendre dix ans de plus pour que cet article mette en chantier les lois et les mesures nécessaires pour avancer vers l'égalité entre les hommes et les femmes dans les domaines de la vie réelle, cela a été dix ans de bataille. 1981 représente le début des travaux.

En 1991 vous étiez secrétaire de l’Union Syndicale Suisse. Quels souvenirs gardez-vous de la grève?

A cette époque, la patience des femmes était vraiment à bout, il fallait accélérer le processus. Le mouvement syndical était au départ plutôt réticent de lancer cette grève, par crainte d’un échec. C’était donc une belle confirmation, le matin du 14 juin, de recevoir ce formidable témoignage d’engagement et d’activisme de la part de si nombreuses femmes, qu’elles soient au foyer, actives professionnellement ou retraitées. Un demi-million de femmes et quelques milliers d’hommes sont descendus dans la rue.

Quelles ont été les premières étapes concrètes vers une égalité entre les femmes et les hommes?

Il a d’abord fallu expurger la législation de toute forme de discrimination. Dans le mariage par exemple, où l’homme, chef de l'union conjugale, avait le droit d’interdire à sa femme d’exercer une activité professionnelle. Dans certains cas il a fallu aller devant les tribunaux pour imposer l’égalité salariale.

Quels enjeux pour la visibilisation des femmes dans l’espace public?

Une expression a longtemps eu beaucoup de succès: la parure des femmes, c'est le silence. Aujourd'hui la parure des femmes, c'est leur parole. Trop longtemps invisibles et muettes, les femmes ne le seront plus jamais: elles revendiquent leur place dans l'histoire et la société, elles sont là pour participer pleinement aux décisions nécessaires pour relever les défis de l’avenir.

Propos recueillis par N. Bianchini