Intégration

«Promouvoir davantage la mobilité sociale»

Le Bureau lausannois pour les immigrés a été créé en 1971. Entretien avec son chef, Bashkim Iseni, délégué à l’intégration depuis janvier 2019.

En 50 ans, qu’est-ce qui a changé pour le BLI?

Bashkim Iseni: Il s’est professionnalisé et sa mission s’est élargie. Celle-ci touche maintenant d’autres publics et même la population en général, comme ces derniers mois avec notre opération Lausanne.vote. Le BLI s’est transformé en pôle d’expertise, qui sensibilise l’administration communale et fait valoir son expérience dans la mise en œuvre des politiques d’intégration. Il collabore avec des prestataires, avec les associations, les processus sont plus participatifs. Il s’est accaparé de nouveaux champs d’action dans les domaines de la citoyenneté, de la lutte contre le racisme, dans l’intégration professionnelle avec nos permanences pour l’emploi en diverses langues.

La création du BLI avait été un acte pionnier, dans le contexte de l’immigration italienne et des initiatives xénophobes. Lausanne a eu alors le bon réflexe d’allouer des ressources à l’intégration, et de créer un poste de délégué, afin de faciliter le vivre ensemble et de désamorcer les tensions qui existaient à l’époque. Ce relais institutionnel a servi ensuite pour accompagner les immigrations espagnole, portugaise, ex-yougoslave. Le défi s’est renouvelé avec l’arrivée de populations extra-européennes.

Est-il plus difficile d’intégrer des personnes venant de loin?

Non, il ne faut pas expliquer l’élargissement des activités du BLI par une difficulté accrue de l’intégration. L’immigration aujourd’hui est plus circulaire, nous recevons beaucoup de personnes très qualifiées qui souvent repartent après quelques années.

Au début, on considérait que c’était aux immigrées et aux immigrés de s’intégrer eux-mêmes. Maintenant, on admet que la collectivité doit faciliter le processus, que c’est une responsabilité réciproque. Les pouvoirs publics ont alloué à cette fin des moyens supplémentaires, et c’est nécessaire, voyez comme la composition de la population a évolué en 50 ans!

Que pourriez-vous faire de plus pour l’intégration des étrangers?

Nous faisons déjà beaucoup dans l’accueil, en donnant les premières informations aux nouveaux arrivants, en encourageant la participation politique. Sans oublier nos publications, l’aide à la recherche d’emplois et la prévention du racisme.

Nous pourrions faire davantage pour promouvoir la mobilité sociale, la participation citoyenne, l’accès à la culture, aux loisirs, aux sports – ne serait-ce qu’en initiant des immigrants au ski! Nous pouvons aller plus loin aussi dans la protection contre les discriminations, à l’image de ce qui se fait pour les personnes LGBTIQ+. Nous aimerions aussi que le travail d’intégration soit plus en harmonie avec le développement durable.

De manière générale, il s’agit d’œuvrer à la capacitation des personnes et de renforcer une culture urbaine où la diversité est un label positif.

Propos recueillis par AM