Rencontre avec Blaise Hofmann

L’écrivain vaudois, auteur de Capucine, Estive et des Poèmes de la Fête des Vignerons 2019, confie ses habitudes de lecture avant sa rencontre avec le club de lecture de la Bibliothèque Montriond.

© Cédric Sandoz

Quel lecteur êtes-vous?

Je ne lis pas pour m’endormir mais pour rester éveillé, échapper au flux plombant des actualités. J’ai parfois la nostalgie de mes boulimies d’antan, mes journées consacrées à la lecture, Guerre et paix en une semaine. Si je lis un peu moins depuis la naissance de mes filles, j’ai l’impression de lire plus intensément. Si un livre ne me parle pas, je n’ai aucun remord à l’abandonner après quelques pages. Je ne suis pas un lecteur grande vitesse, j’aime lire plusieurs fois une même page, faire des pauses, et puis aussi lire à haute voix dans mon bain.

 

Quels livres vous ont marqué durant votre jeunesse?

Je n’ai rien lu avant l’âge de dix-sept ans. C’est au gymnase qu’on m’a mis dans les mains Moravagine de Blaise Cendrars, le livre qui m’a convaincu de ne pas devenir microtechnicien à l’EPFL et de lire, lire, lire… D’abord les classiques français, puis les contemporains, puis les auteurs étrangers, de Dostoïevski à Alaa El Aswany, de García Márquez à Jim Harrison. J’ai aussi beaucoup voyagé avec le tome II de L’anthologie de la poésie française de La Pléiade, 1’600 pages de papier bible avec une reliure à toute épreuve.

Y a-t-il un livre que vous offrez ou recommandez souvent?

Loin de Chandigarh de Tarun Tejpal, et mes collègues de Suisse romande! Par exemple, pour 2020: Histoire d’un soulèvement de Laurence Boissier, La vie suprême d’Alain Bagnoud, Les nuits d’été de Thomas Flahaut, Se réjouir de la fin d’Adrien Gygax ou La payîsanna de Noëmi Lerch.

Qu’attendez-vous d’un bon roman?

D’abord une écriture – l’intrigue ne m’intéresse pas beaucoup. Un regard sur le monde, un rythme, une patte, des maladresses, de la franchise.

Que vous apporte le lien avec vos lectrices et lecteurs?

Les lectures alimentent l’écriture mais son public ne l’influence pas. Une fois publié, un livre ne nous appartient plus. Lors d’événements littéraires, les personnes nous proposent de nouvelles interprétations de nos écrits, surtout dans les écoles. Tout ce «service après-vente» est extrêmement enrichissant humainement, mais l’écriture reste quelque chose d’intime.

Vous êtes écrivain mais également vigneron, et avez co-signé les Poèmes de la Fête des Vignerons 2019: quels liens voyez-vous entre le travail de la vigne et l’écriture?

Je suis heureux d’avoir rejoint la minuscule clique des écrivains-vignerons, dont faisait partie Renée Molliex, une vigneronne de Féchy, autrice du sublime Chantevin. L’écriture, statique et d’intérieur, répond aux travaux de la vigne, corporels et de plein air. Il y a des échos dans la pratique: entretenir le sol (lire, voyager, se nourrir), replanter (aborder un nouveau projet), tailler (poser les bases de l’ouvrage à venir), effeuiller (aller à l’essentiel), utiliser le moins de chimie possible (éviter les effets faciles), égrapper (mettre à la poubelle). Les univers de la littérature et du vin ont toujours été poreux. Il suffit de penser à Rabelais, Baudelaire ou même Bukowski, qui écrivait: «Je buvais énormément de bière. Mais le vin est mieux. Vous pouvez écrire trois, quatre heures. Le whisky est source de problèmes.» Je ne suis pas d’accord avec lui: si le vin et la lecture font bon ménage, les écrits avinés se chiffonnent toujours le lendemain.

Propos recueillis par Isabelle Falconnier

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